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UN MOIS DE TREK AU MONTENEGRO

May 19, 2019

Un verre de rakija (ou de sirop si vous avez le courage de refuser leur alcool maison), du fromage, de la viande séchée, des fruits du jardin et, si vous êtes chanceux, quelques biscuits (oui parce que selon l’heure, on préférera peut-être des biscuits et du sirop plutôt que de l’agneau séché et de l’eau de vie…). C’est ce que la plupart des Monténégrins poseront sur leur table à votre approche. C’est en tout cas comme cela que nous avons été accueillis presque systématiquement.

 

 

Bien accueillir les voyageurs venus découvrir leur pays, semble faire partie de l’ADN des Monténégrins. Partout dans les villages nous avons trouvé des portes ouvertes et des gens curieux de l’autre. Jusqu’à présent, il n’y avait qu’au Portugal que nous avions rencontré une telle chaleur humaine !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Téléchargez notre itinéraire GPX au Monténégro

 

 

 

Bienvenue !

 

Nous avons passé nos quatre premiers jours au Monténégro en pleine nature et quasiment seuls, entre les canyons et les hauts plateaux du parc national du Durmitor. Le quatrième jour, nous avons atteint le village de Mala Crna Gora (Crna Gora, c’est ainsi que les Monténégrins appellent leur pays, littéralement montagne noire. Mala Crna Gora veut dire petite montagne noire). Situé à 1800m d’altitude, il est considéré comme le village le plus haut des Balkans. Nous savions, pour l’avoir empruntée à pied, que la seule route menant au village était couverte de neige et totalement inaccessible aux voitures. Nous étions sûrs de ne trouver personne là-haut, mais espérions pouvoir passer la nuit dans une grange. En arrivant, une petite maison jaune nous a sauté aux yeux, déjà parce qu’elle était jaune puis parce qu’une fenêtre était ouverte. Marie a poussé son plus beau “Dober daaaaaan” (Bonjouuuuuur). Milan est sorti de chez lui, nous avons échangé quelques mots et quelques gestes et il nous a invité à passer la nuit chez lui. Il nous a préparé une chambre, mis trois bûches dans le poêle, sorti une bouteille de rakija, du pain, du fromage, de la viande séchée sur la table, le tout fait maison, Milan nous a traité comme des rois, ou comme des amis plutôt, c’est encore mieux.

 

 

 

La langue

 

Pendant notre traversée du Monténégro à pied, cette situation s’est reproduite de nombreuses fois, sans toujours aller jusqu’à rester dormir, soit parce qu’on ne nous l’a pas proposé, soit parce que nous avions encore de la route. Bien souvent, la langue était un frein à notre communication. Dans les campagnes, très peu de gens parlent anglais, quand ils parlent une seconde langue, c’est plutôt le russe. Notre maîtrise du monténégrin, ou serbo-croate, ne nous permet que des discussions très basiques. Officiellement, le serbo-croate n’existe plus pour décrire la langue parlée au Monténégro, en Croatie, en Serbie et en Bosnie-Herzégovine. Depuis l’éclatement de la Yougoslavie, chaque pays nomme sa langue serbe, croate, monténégrin ou bosniaque.

 

 

Après avoir longuement essayé de démêler la situation tortueuse de la Bosnie, on s’attendait à retrouver un peu de simplicité au Monténégro. En vérité, c’était un peu moins complexe mais pas d’une clarté incroyable non plus. La plupart des Monténégrins que nous avons rencontré se considèrent comme étant Serbes et c’est aussi le nom qu’ils donnent à la langue qu’ils parlent. Historiquement, et notamment dans l’histoire très récente, le Monténégro et la Serbie sont des pays amis. Pendant les guerres de Yougoslavie, après que la Slovénie, la Croatie, la Bosnie et la Macédoine aient obtenu leur indépendance, les deux pays sont restés unis encore quelques années en formant la Communauté d'États de Serbie-et-Monténégro (incluant le Kosovo).

Actuellement, lors des recensement, le pourcentage des Serbes varie de 32 à 63,5 % et celui des Monténégrins de 21,5 % à 43 % selon les sondages (les mêmes personnes pouvant se déclarer l'un ou l'autre d'un sondage à l'autre). Cela montre à quel point la différenciation est psychologique et politique plutôt que linguistique ou culturelle.

 

 

De canyon en canyon

 

Au-delà des complexités démographiques et de la viande d’agneau séchée, le Monténégro a beaucoup à offrir. Il paraît que la côte est magnifique, mais il nous faudra revenir pour le vérifier. Pour nous, le Monténégro restera le pays des canyons.

 

Nous avons fait nos premiers pas au Monténégro au fond du canyon de Tara. La plupart des gens vous diront que la meilleure façon de le découvrir c’est en rafting mais cherchant, nous avons fini par découvrir sur les cartes de l’ex-Yougoslavie, un sentier serpentant au fond du canyon et remontant sur le plateau quelques kilomètres plus loin. Au bout du canyon, nous avons eu deux surprises, une bonne et une mauvaise. On a commencé par la bonne : ces chutes d’eau incroyables et sublimes, puis la mauvaise : le sentier s’arrêtait là, pas moyen de rejoindre le plateau, sauf en faisant demi-tour.

 

 

Un jour de marche plus loin, c’est le canyon de Sušica que nous avons traversé, cette fois en transversale, d’une “rive” à l’autre, en passant par le fond du canyon. Sušica a aussi marqué notre entrée dans le parc national du Durmitor. 

 

 

Nous n’avons fait qu'effleurer le canyon de Nevidio, nous sommes allés passer une demie-journée à ses abords mais grâce au drone, nous l’avons découvert autrement et baigné d’une douce lumière.

 

 

Cerise sur le canyon, celui de Mrtvica. Encore une fois, ce sont les cartes qui nous ont décidé à passer par là. C’était sans aucun doute la plus belle découverte du pays et une des plus belles journées du voyage. C’est incompréhensible (et très heureux) que les activités touristiques ne se soient pas encore emparé de cet endroit. Nous n’avons croisé personne pendant 2 jours et avons sans doute vu le canyon à un des meilleurs moments de l’année, quand la fonte des neiges l’alimente abondamment en eau.

 

 

 

Que d’eau !

 

Nous sommes entrés au Monténégro le premier jour du printemps. Pour autant, la neige et le froid étaient encore bien là et la plupart des lacs de montagne étaient gelés.

 

Le Crno Jezero, le “lac noir” était plutôt tout blanc quand nous l’avons découvert aux alentours de Žabljak.

 

Le Kapetanovo Jezero, le lac du capitaine, a marqué un tournant dans notre aventure. Il a probablement accueilli sur sa rive notre dernière nuit dans la neige, sans doute jusqu’à la fin du voyage.

 

 

 

 

Le printemps, enfin !

 

Juste après avoir quitté le lac Kapetanovo nous avons eu l’impression de voir le printemps arriver, enfin. Les rivières étaient gorgées d’eau, la faune a commencé à refaire surface. Nous avons eu la chance d’observer à plusieurs endroits crapauds et grenouilles, ainsi que leurs oeufs puisque c’est la période de leur reproduction ainsi que quelques serpents dont une vipère cornue. Cette dernière rencontre nous a rappelé que nous étions désormais dans des territoires où la nature pouvait être dangereuse.

 

 

 

3 parcs nationaux

 

Sans doute le plus connu, le parc national du Durmitor. Son signifie «endormi», et fait référence à une légende folklorique selon laquelle la montagne pourrait se réveiller…

 

Biogradska Gora, le plus petit des cinq parcs nationaux du pays.

 

Prokletije est le plus récent du pays puisqu’il a été proclamé parc national en 2009.

 

 

1KG FOR THE PLANET

 

Nous avons été étonnés d’apprendre que le Monténégro avait été le premier pays du monde à inscrire la protection de l'environnement dans sa constitution en 1992. Honnêtement, ça ne saute pas yeux… L’arrivée du printemps a aussi eu pour effet de faire apparaître tout un tas de choses que nous avions moins eu l’occasion de voir en Bosnie sous toute cette neige, des ordures en pagaille. D’après la nature des ordures, elles ne sont pas laissées par les touristes mais bien par les habitants : déchets agricoles et domestiques allant des bâches en plastique aux machines à laver…

 

 

En discutant avec des Monténégrins on a compris que le problème était double : d’une part l’éducation, pour encore beaucoup (trop) de gens, jeter ses ordures dans la nature ou par la fenêtre de sa voiture est quelque chose de normal ; et d’autre part le système de traitement des déchets en lui-même. Le tri n’est pas instauré, le recyclage quasi inexistant et pour certains déchets spécifiques commes les déchets pharmaceutiques et médicaux, il n’existe aucune solution non plus. Les déchets médicaux sont souvent exportés faute de solution localement et les déchets pharmaceutiques finissent en général dans les toilettes… (source : Courrier des Balkans, https://www.courrierdesbalkans.fr/Dechets-medicaux). Comment convaincre les gens de prendre soin de leur ordures quand ils savent qu’elles ne seront pas traitées correctement ?

Dans le cadre de la procédure d’adhésion à l’UE du Monténégro, le sujet de l’environnement est considéré comme totalement incompatible avec les acquis communautaires et est actuellement le principal point bloquant devant la corruption, le crime organisé et la situation des minorités ethniques.

 

Le sujet est tellement brûlant que la première chaîne de télé publique, nous a interviewés à propos de notre initiative 1KG FOR THE PLANET !

 

 

 

Morgane, yes she can!

 

Le Monténégro aurait pu être le premier pays dans lequel nous n’aurions pas eu d’invités mais c’était sans compter sur Morgane qui nous a rejoint pour une semaine à cheval entre le Monténégro et l’Albanie ! Depuis 2 ans qu’elle vit à Singapour, nous n’avions pas eu l’occasion de la voir et nous pensions impossible qu’elle nous rejoigne sur la route, mais impossible ne fait pas partie de son vocabulaire !

 

 

 

Nous avons décidé de modifier notre itinéraire pour traverser le nord de l’Albanie qui nous semblait incontournable. Entre les différents témoignages de voyageurs qui expliquent que l’Albanie a souvent été la plus belle surprise de leur voyage et les habitants des Balkans qui nous ont souvent mis en garde contre l’insécurité là-bas, qu’allons-nous découvrir ?

 

A bientôt !

Marie & Nil

 

< Lire notre article précédent - Randonner en Bosnie-Herzégovine, une destination sous estimée

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Lire notre article - 2PVA la traversée du sud de l’Europe à pied >

 

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