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RANDONNER EN BOSNIE-HERZÉGOVINE, UNE DESTINATION SOUS-ESTIMÉE

April 5, 2019

Qu’est-ce que vous savez de la Bosnie-Herzégovine (BiH) ? Quelles images avez-vous en tête quand vous pensez à ce pays ou à sa capitale Sarajevo ? Ses habitants, vous les appelez comment ? Bosniaques ? Bosniens ? A quoi ressemble le pays ? Est-ce que la guerre a laissé beaucoup de traces encore visibles ? Est-ce qu’on peut randonner sans trop risquer de mettre le pied sur une mine ?

 

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Nous, on n’en savait rien. Sarajevo nous évoquait un assassinat ayant déclenché la Première Guerre Mondiale, puis, plus récemment, une ville en état de siège, des bombardements et l’explosion de la Yougoslavie. Oui, c’est maigre…

Pour être honnêtes, on pensait même que “Herzégovine” était un qualificatif de Bosnie (en anglais, c’est plus clair, il l’appellent Bosnie ET Herzégovine). En fait, aujourd’hui le pays est divisé en trois entités autonomes : la fédération de Bosnie-et-Herzégovine, la république serbe de Bosnie et, plus anecdotique, le district de Brčko.

Les citoyens de Bosnie-Herzégovine s’appellent les Bosniens. Ils sont de trois principaux groupes ethniques : les Bosniaques (Musulmans), les Serbes (Orthodoxes) et les Croates (Catholiques). De notre point de vue, cette mixité qui a mené à bien des horreurs dans les années 1990 est aujourd’hui à l’origine d’une certaine tolérance et d’une belle ouverture d’esprit chez ses habitants. C’est en tout cas l’impression générale que nous avons eu. En creusant un peu, en discutant avec des locaux, on a compris que la réalité n’était pas toujours si rose. Les enfants des trois peuples vont, en général, dans des écoles séparées et étudient des programmes différents par exemple.

Globalement, le développement du pays est lent, en partie à cause du système de gouvernance : chaque peuple élit son Président et les trois élus exercent une présidence tournante tous les 8 mois.

 

 

 

Au commencement

 

Notre premier contact avec le pays s’est fait dans la petite ville de Livno. Ce qui nous a d’abord sauté aux yeux ? La vie ! Il y avait une vraie vie de village, de l’animation, des jeunes (plein) et des cafés (pleins de jeunes). En arrivant, nous avons été mis en contact avec Jelena. La trentaine, prof de bio et passionnée de randonnée, elle, ainsi que sa soeur Marija et leur père, ont été de parfaits guides pour nos premiers pas en BiH et pour nous faire découvrir leur belle région.

 

 

 

Sur le plateau de Krug, à une dizaine de kilomètres de Livno, vivent environ 500 chevaux sauvages depuis plus d’un demi-siècle. Étonnamment, ils résistent à tout et leur population augmente doucement d’année en année.

 

 

Impossible de passer à Livno, sans aller voir Duman, la source de la rivière Bistrica qui traverse la ville. Grâce aux explications du père de Marija et Jelena, nous compris comment s'organisait autrefois la vie autour de cette source et des montagnes environnantes.

 

 

 

 

On parie ?

 

A Livno, impossible d’ignorer le nombre hallucinant de boutiques de paris sportifs. Il y en a partout ! Et on a vite compris que le reste du pays n'est pas épargné même s'ils sont beaucoup plus répandu en Herzégovine qu'ailleurs. C'est en BiH qu'on trouve le plus grand nombre de boutiques de jeux d'argent par habitant en Europe.

A titre d’exemple, la société de paris “Premier” était la cinquième entreprise la plus rentable du pays en 2017.

Des études ont montré que plus la situation économique est mauvaise dans le pays, plus les gens vont parier…

 

 

En bonne compagnie

 

En quittant Livno, nous avons rencontré notre 17ème invité ! Aldin est originaire de Jablanica, ne lui dites pas qu'il est Bosnien, il vous dira qu'il est Herzégovinien… Imaginez la galère pour nous, on pensait juste commencer à comprendre qui devait être appelé comment, quels étaient les découpages administratifs du pays, et on apprend qu'il y a encore d'autres subtilités et...susceptibilités !

Quoi qu'il en soit, passer cette semaine avec Aldin dont une partie avec son ami Jusuf, était une première pour nous : avoir un invité natif du pays dans lequel il nous rejoint. C'est nous qui sommes devenus les invités en quelque sorte, ce sont eux qui nous ont emmené sur leurs terres et fait découvrir les montagnes qu'ils parcoururent depuis toujours.

 

 

 

 

Mode neige : activé

 

C'est en Bosnie que nous avons réellement traversé le cœur de l'hiver. Ses montagnes et son climat continental ne nous ont laissé aucune chance d'y échapper. Pas de souci, on était équipés !

En prévision des hauts plateaux bosniens et monténégrins, Nil nous a fabriqué des traîneaux ultralights ! A partir de “snow carpets”, des tapis de plastiques normalement destinés à servir de luge, il a ajouté des élastiques, des petits trous, des œillets, quelques mousquetons et cordes plus loin, nous avions nos nouveaux compagnons ! Il a fallu les apprivoiser, comprendre comment ils se comportaient sur quels terrains, mais nous savons à présent où est-ce qu'ils nous sont utiles et ils sont si compacts et légers qu'ils ne sont pas un fardeau quand on ne s'en sert pas.

 

 

 

Petites arnaques

 

En Croatie, on avait déjà commencé à sentir que le regard que les gens portaient sur notre aventure était en train de changer, ça s'est doucement confirmé ici.

Jusqu'à présent on nous faisait sentir que nous étions courageux, aventureux, voire un peu fous. Depuis quelques temps, on sent qu'aux yeux des gens, on est surtout des personnes qui ont le loisir et le pouvoir économique de voyager. Et c'est normal. Si nous avons le sentiment de vivre une vie plus modeste qu’avant de partir et de limiter nos dépenses au strict nécessaire, il faut admettre que ce voyage peut être vu comme un luxe.

La conséquence de ce changement de perception est qu'on est maintenant parfois vu comme de purs touristes et que certains entendent profiter de notre passage pour se faire le plus d'argent possible. Ainsi, on a parfois vu notre note doubler par rapport au prix annoncé ou de petits enquiquinements comme ça. Ce n'est pas arrivé souvent et ce n'est pas ce qu'on retiendra de notre séjour en Bosnie.

 

 

Via Dinarica

 

Vous commencez à la connaître. La Via Dinarica est ce réseau de sentiers connectant 7 pays de la Slovénie jusqu'en Albanie. En Bosnie, elle nous a réellement emmené dans des endroits sublimes et impressionnants. Nous avions rarement expérimenté si fort ce sentiment d’êtres seuls à des kilomètres à la ronde, au milieu de montagnes puissantes et sauvages. Que ce soit à Blidinje, Prenj ou en montant à Lukomir, jamais nous n’avons d’autres traces que les nôtres dans la neige.

 

Le parc de Blidinje et son lac couvert de neige

 

 

Les trois Vran au clair de lune

 

 

L'ascension du Veliki Vilinac

 

 

La mythique Hajdučka vrata

 

 

Prenj, l'Himalaya bosnien

 

 

Lukomir, plus haut village de Bosnie

 

 

 

Sarajevo

 

Oui, nous avons fait le détour jusqu’à Sarajevo pour découvrir cette ville chargée d’histoire. Comme le reste du pays, la ville est coupée en deux. Dans la plupart des villes de Bosnie, coule une rivière qui sépare en général deux communautés. Là où la guerre a fait rage, les ponts ont tous été détruits, puis reconstruits. A Sarajevo, les majorités serbes et bosniaques ne sont pas séparées par la rivière mais la frontière entre les deux entités du pays passe littéralement dans la ville. Un exemple, les taxis qui de la partie nord, n’ont pas le droit de travailler dans l’autre partie de la ville, en République Serbe de Bosnie. 

Impossible à Sarajevo d'ignorer qu'il y a eu la guerre. Beaucoup d'immeubles restent criblés d'impacts de balles, voire de munitions plus lourdes.

On a essentiellement exploré la partie bosniaque de la ville et on a adoré ! On ne s’est jamais sentis aussi proches d’Istanbul ! Café turc (bosnien pardon) en terrasse, loukoums et architecture ottomane.

 

 

Dans l’assiette

 

Côté cuisine, on a retrouvé en Bosnie la plupart des spécialités qu'on avait découvert en Croatie même si on a vu arriver une influence orientale, ottomane.

 

Les incontournables burek et autres pite, ces feuilletés en pâte filo garnis soit de viande, soit de fromage, soit d'épinards. Nulle part vous ne trouverez une variante différente de ces trois basiques.

 

LA spécialité, et c'était déjà le cas en Croatie et on en trouvait aussi en Slovénie, ce sont les cevapci. Des bâtonnets de viande hachée mélangée à des oignons et des épices, grillés et fourrés dans un pain rond lui-même grillé à l'huile. Rien d'autre que des oignons crus ne peut accompagner le cevapci a part éventuellement du ayvar, une purée de poivrons, et un peu de crème fraîche.

 

Il est généralement de prune, de poire ou de pomme, Ici ils l'appellent rakija, shnaps en Slovénie, pagaso au Portugal, aguardiente en Espagne, eau de vie ou gnôle en France… C'est peut-être la principale constante de notre voyage, haha ! Chacun pense que c'est une spécialité de sa région ou de son pays mais on le trouve partout ! Petite différence, ici ils le boivent aussi en apéritif avant le repas.

 

 

 

 

Les rencontres

 

Nous avons passé environ un mois à randonner en Bosnie-Herzégovine et dans l’ensemble, fait beaucoup de rencontres. En fait, à la seconde où nous avons passé la frontière, nous avons sentis la différence et compris que la traversée du désert en termes de rencontres était terminée ! On a même repris les bonnes habitudes en allant dormir “chez l’habitant”, ça ne nous était pas arrivé depuis un bon moment. C’est Emir qui a eu la gentillesse de nous accueillir chez lui à Sarajevo. A Sarajevo nous avons aussi eu une autre invitation que nous n’avons pas pu honorer, la mort dans l’âme…

 

 

Nous avons fait la connaissance de membres de l’association Avantur. La mission de l’association est de promouvoir l’accès à la nature pour les jeunes par le biais de la randonnée, du vélo, des sports d'hiver et d'autres activités. Mustafa et Sumeja ont été nos guides pour notre première soirée à Sarajevo.

On ne peut pas toutes les citer mais chacune de ces rencontres a contribuer à rendre inoubliable notre expérience en Bosnie.

 

 

Celle-ci, tout de même, on aimerait vous en parler. On ne parlait pas la même langue et pourtant, en nous voyant descendre épuisés de la montagne, elle a sorti une table, trois chaises, des pommes du jardin, du rakija de pommes du jardin et nous a préparé un café chaud. On ne parlait pas la même langue et pourtant on a discuté pendant une heure.

On la remercié, elle a répondu "dobro e čniniti dobri" : c'est bon d'être bon...

 

 


 

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