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UNE BELLE SURPRISE : RANDONNER EN ALBANIE

August 29, 2019

L’Albanie restera pour nous un pays très spécial parmi les 16 autres de cette traversée de l’Europe à pied. Pourquoi ? Difficile de ne citer d’une seule raison. L’accueil que nous avons reçu là-bas a été exceptionnel, le pays est peu développé et la nature y occupe encore une place importante, nous y avons célébré nos 500 jours d’aventure et surtout, la famille de Nil nous a rejoint et nous avons vécu ensemble des moments inoubliables. 

 

 

 

Les Alpes Albanaises

 

Nos aventures albanaises ont commencé dans le nord du pays puisque nous arrivions du Monténégro. Le passage de frontière s’est fait par un beau col entre le parc national de Prokletije au Monténégro et celui de la Vallée de Valbona en Albanie. Encore une fois, nous savions que nous venions de passer une frontière grâce à notre carte mais rien ne différenciait un pays de l’autre, là-haut dans les montagnes. 

La vallée de Valbona s’est ouverte après quelques kilomètres, large et profonde, creusée par une rivière presque à sec. Morgane était encore avec nous et nous nous sommes élancés tous les trois dans une ascension exigeante pour rejoindre le petit village de Theth. Fin avril il y avait encore beaucoup de neige et nous avons sorti, une dernière fois, nos crampons. Ils ne nous servirons peut-être plus de tout le voyage (on croise les doigts) !

 

 

En famille

 

C’est au bord du lac de Shkoder que la famille de Nil nous a rejoint. Son père Lindo, sa belle-mère Kiwi, sa soeur Lya et son frère Noé. Difficile de vous décrire notre émotion à l’approche du jour de leur arrivée. Mi-excités de partager avec eux la plus grande aventure de notre vie, mi-angoissés que tout se passe bien et qu’ils profitent au maximum de leur expérience. Entre ceux qui n’avaient jamais campé et ceux qui n’aiment pas franchement marcher, nous avions un challenge à relever pour que tout le monde passe un bon moment. Finalement, le plaisir d’être ensemble dans un contexte inédit a suffit à rendre cette semaine magique ! Nil avait bossé comme un dingue sur l’itinéraire pour leur donner un aperçu assez large de ce qu’est notre vie depuis un an et demi. Des journées de marche éprouvantes, des paysages magnifiques, des jours entiers sous la pluie, des bivouacs inoubliables, des heures à tailler notre chemin à la machette sur des sentiers disparus... et la bonne humeur collective et le hasard ont fait le reste. En étant un groupe de six, nous avions fait une croix sur la possibilité d’être invités à dormir chez l’habitant. C’était sans compter sur l’hospitalité hors norme des Albanais. 

 

 

 

Sans regrets

 

Pour s’éviter à tous des journées de marche à très fort dénivelé sous l’orage et la pluie, nous avons dévié de notre itinéraire initial pour rejoindre la petite ville de Burrel. De là, nous avons serpenté autour du lac d’Uzle. Le camp que nous avons monté sur une minuscule presqu'île là-bas restera gravé dans nos mémoires. Une atmosphère de Robinsons, seuls au monde !

 

 

 

Les Gjinaj

 

Dans le petit village de Baz, au bord du lac d’Uzle, vit la famille Gjinaj. Nous voyant arriver sous la pluie et tout crottés, ils nous ont offert un café, la conversation s’est engagée et ils nous ont rapidement invité à dîner et à rester dormir. Au fil de cette soirée ponctuée de parties d’échecs et de dominos endiablées, sont arrivés au compte goutte des cousins, frères et soeurs, oncles… Jusqu’à ce que nous soyons une vingtaine dans cette pièce toute simple, autour du feu à parler dans 3 langues différentes à grand renfort de Google Traduction. 

 

 

Cette première rencontre nous a donné un premier aperçu du sens de l’accueil des Albanais et de ce qu’est le Kanun. 

 

 

Le kanun

 

Il s’agit d’un code coutumier remontant au XVème siècle, un recueil de lois, de moeurs, de coutumes et de règles transmises à l’oral de génération en génération dans les montagnes du nord de l’Albanie.

Il régit tous les aspects de la vie quotidienne, de l’organisation de l’économie à l’hospitalité en passant par la famille, la place de l’homme et de la femme dans la société, le mariage, la gestion des bien communs… et surtout l’honneur personnel, pierre angulaire de ce système sophistiqué. C’est aussi là que l’on trouve mentionnée la vendetta (« reprise du sang »), qui implique que si un homme est assassiné, à son tour un homme de sa famille doit en tuer un autre dans la famille de l’agresseur et ainsi de suite...

En termes d’hospitalité, le Kanun sous-entend que même le plus pauvre doit accueillir son invité comme il se doit, du mieux qu’il le peut et que l’attention, l’honnêteté et la chaleur humaine sont plus importantes que le matériel offert.

 

 

 

Quiproquo

 

Comme dans chaque pays que nous traversons, nous avons fait de notre mieux pour apprendre la langue locale dans le temps qui nous était imparti. Je ne vous cache pas que la première fois qu’on a entendu parler albanais, on a été surpris ! Ca ne ressemble juste à rien de connu ! Et pour cause, l’albanais est une branche à lui tout seul sur l’arbre des langues indo-européennes, c’est une langue unique en son genre. Des voyelles qui rebondissent comme un ressort, des R prononcé à l’anglaise et surtout des mots très longs : “përshëndetje” pour bonjour et “falemnderit” veut dire merci… Globalement on n’a pas fait d’éclat en albanais, mais les quelques mots que l’on maîtrisait émerveillaient toujours nos interlocuteurs. 

Au-delà de la langue, le langage corporel des Albanais est aussi très déroutant. On nous avait annoncé que les hochements de tête pour dire oui et non étaient inversés en Albanie, mais c’est en fait bien plus compliqué que cela ! "Oui" ressemble plutôt à un "peut-être", "Non" pourrait facilement passer pour "Je ne sais pas" et "manger/ la nourriture" se fait passer pour "Vous avez mauvaise haleine" !

 

 

Komani

 

Après une semaine passée ensemble, la famille de Nil est repartie. Toute ? Non ! Noé a fait durer le plaisir encore une dizaine de jours. Nous sommes repartis tous les trois par le lac de Komani que nous avons traversé en ferry. Bien qu’artificiel, ce lac est magnifique, bordé de montagnes où on a pu apercevoir de petits villages extrêmement isolés, reliés au reste du monde uniquement pas de rares sentiers et par bateau. 

 

 

 

Ismael

 

Avant d’arriver au Kosovo, nous avons fait une dernière et formidable rencontre. Il était là, sur le bord de la route, avec ses vaches. Un homme pas tout jeune et qui bondissait pourtant comme un jeune garçon pour rattraper le veau qui n'en faisait qu'à sa tête. Nous avons échangé quelques mots, son regard vif et pénétrant nous a frappé tous les trois. Nous avons fait route ensemble, il rentrait ses vaches et lui-même dans ce village, Kërnajë, que nous nous étions fixé comme but pour cette journée de marche. A l'entrée du village il nous demande par mime : "Où allez-vous dormir ?", nous mimons en retour : "Sous la tente". Il sourit et nous emmène chez lui. Nous voilà chez Ismael et Sabrie où nous prenons notre meilleur repas albanais et découvrons le petit musée qu'est cette maison.

 

 

 

Dictature

 

Du fond de son petit village, Ismael est passionné d’Histoire et une mine d’informations pour nous sur celle de son pays. Il nous raconte la dictature communiste, ces années pendant lesquelles les routes étaient entretenues, il y avait même une ligne de chemin de fer, en revanche les Albanais n’avaient pas le droit de sortir de leur pays ni de pratiquer une religion et les opposants au régime, et ceux suspectés de l’être, étaient éliminés ou emprisonnés. 

 

 

 

Religion

 

Dans les maisons, en cherchant bien, on trouve souvent un petit signe religieux. Un Coran posé dans un coin ou une petite croix accrochée dans un autre, ces indices sont toujours très discrets et à chaque fois que nous avons abordé le sujet avec des Albanais, ils ont haussé les épaules. Quand on leur demande leur religion, la réponse est unanime, oui leur famille est historiquement catholique ou musulmane mais eux, ils sont Albanais. Quelle que soit leur appartenance religieuse, la pratique a l’air assez détendue, elle aussi. Dans les campagnes, tout le monde boit du raki qu’il produit et pendant le Ramadan, les gens mangent et boivent de manière générale. Après avoir passé presque 6 mois en ex-Yougoslavie, on ne va pas vous mentir, ça nous a fait du bien de voir le sujet religieux traité avec tant de légèreté !

 

 

 

En Selle

 

Après avoir traversé le Kosovo et la Macédoine, nous voilà de retour en Albanie ! Des rives du lac d’Ohrid en Macédoine, nous nous sommes précipités vers la frontière albanaise pour avoir une chance de croiser Ashley et Quentin de @enselle.voyage. Ils sont partis de France et prévoient de rejoindre l’Indonésie à vélo mais, sur deux sections de leur voyage, ils troquent leur vélos pour… des chevaux ! En Albanie et en Asie Centrale ils voyagent donc à 5 avec leurs trois chevaux. 

On rencontre finalement assez peu de voyageurs pendant notre périple et comme le voyage à cheval nous est totalement étranger et qu’on était très curieux d’écouter le récit de leur expérience de l’Albanie, on a mis les foulées doubles pour croiser leur route et passer une soirée avec eux. Nous nous sommes retrouvés dans les sublimes montagnes autour de Maja Guri i Kamjes, la roche là-bas ressemble à du pudding, un aggloméré de petits cailloux comme cimentés ensemble. Une chouette soirée au cours de laquelle on a pu comparer nos impressions, finalement assez similaires, de l’Albanie.

 

 

 

Les routes albanaises

 

Pourquoi avoir choisi l’Albanie pour voyager à cheval ? D’abord parce que le voyage à vélo ne s’y prête pas beaucoup ! En effet, depuis la mort d’Enver Hoxha en 1985 et la fin de son régime dictatorial, les routes, entre autres choses, n’ont quasiment plus été entretenues. Demandez à n’importe quel Albanais, il vous dira que c’est un des premiers problèmes de son pays. Et si vous vous étonnez de ne voir rouler presque que des Mercedes en Albanie, on dira qu’ils n’ont pas le choix ! C’est la seule marque suffisamment robuste pour encaisser les routes albanaises !

 

 

Jeunesse

 

Mi-juin, des chaleurs accablantes nous ont obligé à revoir l’organisation de nos journées. Impossible de marcher entre 11h et 17h ! On a donc commencé à se lever plus tôt, à rechercher des sites adaptés à nos longues pauses et à marcher à nouveau 3 heures le soir. Autant vous dire qu’on avançait beaucoup moins vite que ce que l’on avait imaginé ! Mais le premier jour de notre nouvelle routine s’est si bien passé, que ça a achevé de nous convaincre que c’était la meilleure chose à faire. 

Nous marchions le long du canyon d’Osumi et nous avons décidé de faire notre pause au bord de l’eau pour pouvoir se baigner. Comme la vie est faite de compromis, accéder à l’eau signifiait descendre au fond du canyon et remonter après la pause, mais le jeu semblait en valoir la chandelle. 

 

 

A la seconde où nous sommes arrivés en bas, nous sommes tombés sur Ked, Herta, Klement et Eri. Quatre copains, entre 25 et 30 ans, venus comme nous, profiter de la fraîcheur du canyon. On a passé une belle après-midi ensemble. Pour nous c’est rare de pouvoir discuter avec des jeunes des pays qu’on traverse. Nous traversons des zones hyper rurales et le constat est le même partout : les jeunes quittent tous les campagnes pour aller vivre en ville. Pour nous, c’était inespéré de pouvoir poser toutes nos questions en anglais à des personnes de notre âge ! On a appris par exemple qu’il y avait plus d’Albanais qui vivaient en-dehors du pays que dedans et que parmi ceux qui restaient, il y en avait plus qui souhaitaient partir que rester. 

 

 

 

L’oeil bleu

 

Dernière étape avant la mer, nous sommes allés voir l’incontournable Syri i Kalter, le “Blue Eye” ! C’est sans doute une des curiosités touristiques les plus visitées du pays, une source d’eau translucide où la nature est reine. Enfin, sans doute plus pour longtemps. On doit bien vous avouer que notre visite a été un peu gâchée par les hordes de touristes déversées par des autocars littéralement dans la source puisque les véhicules peuvent accéder directement aux rives de cette merveille. 

 

 

 

La mer !

 

Puis nous l’avons retrouvée : la mer ! Entre Saranda et Ksamil, nous avons déniché LA plage paradisiaque, ignorée de tous et surtout des bars de plage qui répandent leurs chaises longues sur chaque accès à la mer. Deux Robinsons donc, sur notre plage déserte, pour fêter le 500ème jour de cette belle aventure !

 

 

 

Notre 22ème invitée

 

Le cadre idéal également pour accueillir notre invitée suivante. Clémence et Marie sont amies depuis qu’elles ont travaillé ensemble et quand Marie a décidé de quitter son job, Clémence était fraîchement diplomée et pas encore bien décidée sur la suite. Elle a donc accompagnée Marie pendant 2 mois sur les 4 qu’a duré son périple en Amérique Latine. 

On ne peut pas dire que Clémence a eu LA semaine idéale avec nous. La chaleur infernale nous a parfois un peu gâché le plaisir, ses grosses bottes de rando n’étaient pas franchement adaptées à la saison (ses pieds couverts d’ampoules peuvent en attester) et nous avons dû nous y reprendre à trois fois pour passer la frontière vers la Grèce, ce qui nous a fait perdre pas mal de temps. Elle vous raconte ses aventures ici

 

 

 

Police !

 

Arriver en Grèce signifiait pour nous revenir dans l’espace Schengen. Une fois qu’on serait dedans, on savait qu’avec un passeport français on n’aurait pas tellement de soucis. Le problème n’a en fait pas été d’entrer en Grèce mais de sortir d’Albanie ! On voulait s’épargner le passage par un vrai poste frontière et donc de marcher sur la route et de côtoyer voitures et camions. 

Première tentative : fin de notre journée de marche au bord d’un lac, on profite d’une petite baignade avant de monter le camp quand un homme est arrivé à cheval, nous avons échangé quelques mots avant qu'il ne sorte une vieille carte plastifiée et nous dise "Police !"

Il nous a expliqué que des gens du village avaient appelé la police après notre passage et que nous devions le suivre pour aller rencontrer son chef qui s'était arrêté 2km avant, là où la voiture ne pouvait plus passer. Pas trop le choix que de le suivre façon Daltons, en ligne et lui derrière sur son cheval.

 

 

On ne passerait pas la frontière en douce cette fois-ci, ni le lendemain quand, arrivés à un tout petit poste frontière qui n’était plus alimenté en électricité, on s’est fait refouler une nouvelle fois.

 

Pas de col de montagne cette fois en guise de passage de frontière, mais on se souviendra de cette traversée pendant longtemps !

 

 

A très vite !

Marie & Nil

 

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