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Journal d’une folle semaine en Turquie - Un article de Catherine Biau

March 16, 2020

Après la randonnée d’une semaine en famille en Grèce avec Marie et Nil en Septembre dernier, je n’avais qu’une envie : revenir marcher avec eux. J’ai tellement adoré ce sentiment de liberté, sans contrainte, vivre au rythme du soleil, chercher du bois le soir pour faire du feu, se contenter de ce qu’on avait trouvé sur la route pour se nourrir, revenir aux choses simples. On s’aperçoit que beaucoup de choses sont superflues dans notre vie quotidienne et qu’on pourrait très bien s’en passer.

Et puis, comme je suis une des participants les plus âgés de cette aventure, je me suis dit que je n’aurai peut-être plus jamais l’occasion de vivre une telle expérience.

Lors de cette semaine en Grèce, nous n’avions pas eu l’occasion de manger et dormir chez l’habitant et j’espérais combler ce manque.

 

 

1er jour

 

Arrivée à Edirne en fin d’après-midi. La météo prévue pour la semaine à venir est en train de changer drastiquement. On annonce des températures nocturnes allant jusqu’à -21 degrés. Nous allons donc au bazar m’acheter une magnifique doudoune vert d’eau en pilou-pilou et une paire de gants bien chauds. Visite de la ville et dîner dans un petit resto sympa puis délicieuses pâtisseries dans un salon de thé. Nuit à l’hôtel avant le commencement de la grande aventure.

 

 

2ème jour

 

26 km à pied dont 3 en voiture de police. Les gens en voiture que l’on croise sur la route nous font un signe amical de la main mais on apprendra plus tard que 15 personnes ont appelé la police à notre sujet, nous prenant pour des migrants. Il faut dire que la frontière avec la Bulgarie est toute proche. Une première voiture de police nous a contrôlé, puis les gendarmes puis une autre voiture de police dans laquelle nous avons dû monter jusqu’au village de Kofçaz. Impossible de trouver un hébergement dans ce village. Le policier nous dit que nous pouvons dormir dans les bois, la « jungle » comme ils disent, à condition que personne ne nous voit (sic). Campement à 625m d’altitude en surplomb du village autour d’un bon feu, repas lyophilisé et borek au fromage. Magnifique coucher de soleil.

 

 

 

3ème jour

 

20km pour arriver dans un village où nous demandons où habite le « Muhtar», le maire du village. Il s’appelle Ibrahim. C’est lui qui tient l’épicerie et le café. Comme la pluie et un vent fort sont annoncés pour la nuit, nous lui demandons où nous pourrions nous abriter. Il nous invite à dormir dans son café où un énorme poêle chauffe la pièce. Il nous sert un thé, puis un café au lait, puis un autre thé, puis un autre café au lait, en tout j’aurai bu 7 thés et 2 cafés en 5 heures 🤪. Les hommes du village viennent boire un thé et jouer aux cartes. Le café ferme à 22h mais voyant Marie en train de s’endormir, le patron met ses clients dehors à 21h45 puis il nous prépare un dîner : saucisson piquant cuit avec des œufs sur le plat, yaourt, halva, tout cela arrosé de vin rouge et de pepsi. Moi j’opte pour le vin mais le patron remplit son verre à moitié de vin et à moitié de pepsi et le met à chauffer sur le poêle. Ça fait pas envie ! Après le repas commencent de longs pourparlers car le patron veut que Marie et Nil dorment dans le café et moi chez lui juste au dessus. Gloups ! J’ai peut-être raté une occasion de devenir la femme du maire mais j’ai un mari qui m’attend à Paris  Après une heure de palabres, il accepte que l’on dorme tous les 3 en bas. Quelle soirée !

 

 

4ème jour

 

Nous arrivons à 14h30 dans le village de Çukurpınar. Il tombe des cordes. Le maire nous propose de dormir dans le café du village. Dans un premier temps nous acceptons puis nous craignons que le scénario de la veille se reproduise et en même temps, comme il est tôt, nous allons perdre une après-midi. Nous décidons de continuer jusqu’à la grotte de Dupnisa Magarasi. La neige commence à tomber. L’endroit est désert quand nous arrivons. Nous trouvons une cabane en bois pour passer la nuit. Nous y laissons nos sacs et allons voir si la grotte est ouverte. Miracle ! L’entrée de la grotte n’est pas fermée et nous entrons munis de nos lampes frontales. Il fait beaucoup plus chaud dans la grotte qu’à l’extérieur. Des colonies de chauves-souris sont accrochées aux parois. C’est magique !

 

 

 

5ème jour

 

Vers 9 heures, les gardiens de la grotte arrivent. Marie va à leur rencontre pour leur expliquer qu’on a dormi dans la cabane. Ils nous offrent un thé brûlant et nous proposent de visiter la grotte. La partie que nous avons visitée la veille est fermée au public en hiver car les chauves-souris hibernent. Nous ne nous vantons pas de notre escapade de la veille et acceptons la visite de la grotte. Ils nous allument les projecteurs et le spectacle est grandiose.

Commence alors la journée de marche la plus rock en roll de la semaine. Il a neigé dans la nuit et les paysages sont magnifiques. Nous avons 2 options : suivre un sentier pendant 29 km ou couper à travers bois sur 19 km. Bien sûr, nous optons pour la 2ème solution. Nous devons nous frayer un chemin au milieu des arbustes recouverts de neige avec un bon dénivelé 🤪 puis traverser des torrents d’eau glacée. Nos chaussettes et nos chaussures sont trempées. Celles de Marie font même des bulles . Une nuit à l’hôtel à Demirköy va nous permettre de faire sécher nos affaires.

 

 

6ème jour

 

En principe, petite journée soit 21 km. Il existe très peu de sentiers balisés donc Marie et Nil ont prévu un itinéraire en fonction des quelques personnes qui ont partagé leur expérience sur les réseaux sociaux. Sauf que randonner en été et randonner en hiver, ce n’est pas du tout la même chose. Le bord de la rivière que nous sommes censés suivre n’est pas du tout praticable en hiver et Nil est obligé de nous tailler un chemin à la machette à travers les branches et les ronces. Ça me rappelle quelque chose (pour ceux qui ont raté ça, voir la vidéo sur notre randonnée familiale en Grèce). Avant que la nuit tombe, nous plantons la tente sur un promontoire en surplomb de la rivière.

 

 

 

7ème jour

 

Au réveil, surprise ! La tente est couverte de neige. Nil doit encore une fois utiliser sa machette pour nous frayer un chemin entre les ronces et les branchages. Le paysage est magnifique mais nous marchons dans la neige toute la journée. En fin d’après-midi, nous arrivons sur la plage d’Igneada, une station balnéaire sur la mer Noire. Mais comme la mer monte, nous devons traverser un bras de mer avec de l’eau plus haut que le nombril. Pour info, il fait entre 0 et -2 degrés avec un vent sibérien. Heureusement, au bout de la plage nous attend notre hôtel avec spa, ce qui va nous permettre de nous réchauffer et de nous remettre de cette journée bien remplie.

 

 

 

8ème jour

 

Comme il est d’usage dans l’aventure « Deux Pas Vers l’Autre », petite vidéo sur mes impressions de cette semaine turque. Une dernière balade dans la ville et il est temps de dire au revoir à mes randonneurs préférés et de prendre le bus pour Istanbul.

 

Cette semaine de randonnée avec Marie et Nil a été riche aussi bien sur le plan physique qu’émotionnel. J’ai adoré vivre avec eux ces moments de rencontre et de partage dans les villages. Avec des gestes, des regards et quelques mots de Turc, on arrive à se comprendre. Leur voyage touche à sa fin. Dommage, j’aurais bien re-signé pour une troisième semaine.

 

Catherine

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