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COMMENT PASSER LA FRONTIÈRE ALBANO-GRECQUE EN 4 LEÇONS ? - Un article de Clémence Normand

August 16, 2019

La Thaïlande, Bali, les États-Unis… ces lointaines contrées qui nous font souvent rêver. Tu te dis que toi aussi tu aimerais bien partir en vadrouille là-bas, prendre tes 15 jours de congés, ton sac à dos et crapahuter le long de la route 66. Mais tu sais quoi, j’ai bien mieux pour toi, avant de te lancer à l’assaut d’un nouveau continent, j’aimerais te parler du mien : l’Europe ! Je vais te raconter l’incroyable épopée de mon été ou comment traverser la frontière entre l’Albanie et la Grèce, à pied.

 

 

Euh… c’est où l’Albanie ?

 

Je te vois d’ici froncer les sourcils, te gratter le front et te demander si la question « quelle est la capitale de l’Albanie ? » n’aurait pas été celle posée par Jean-Pierre Foucault pour le fameux million d’euro.

L’Albanie, c’est un pays des Balkans bordé par la Méditerranée qui partage une frontière avec la Grèce (oui, c’est écrit dans le titre…) mais aussi, la Macédoine du Nord, le Kosovo et le Monténégro. Et ouais, rien que ça ! Pour notre périple, l’idée étant de rallier la Grèce, mieux vaut partir du sud de l’Albanie : c’est donc de Livadhja que le voyage à pied commence. Le point de départ étant fixé, je te partage ici mes quelques conseils de voyage pour une expérience dans les Balkans des plus réussies.

Ah oui et si tu décides à participer à “Qui veut gagner des millions ?”, la réponse à la question de Jean-Pierre, c’est Tirana. 

 

 

1/ S’entourer des meilleurs

 

Avant toute chose, il te faudra réunir une équipe de choc ! Ne t’embête pas à faire un benchmark, je l’ai trouvée pour toi. Mon équipe à moi, elle s’appelle Deux Pas Vers L’Autre (2PVA dans le jargon) et est composée de deux aventuriers qui feraient frémir Robinson et Vendredi.

 

Figure 1 : Soirée barbecue

 

À ma gauche, Marie, mangeuse de glaces invétérée, la répartie bien choisie et des mollets qui n’ont peur de rien. Marie, je la connais de sa vie d’avant, celle au 30ème étage d’une tour de La Défense à faire des Ressources Humaines au milieu des messieurs en costume et des dames en tailleur. Là-bas non plus elle n’avait peur de rien, n’empêche qu’on s’est bien marrées au milieu de ces gens en costume et qu’on a décidé de se faire une prémisse d’aventure en Amérique Latine. Adios le 30ème, La Défense et son nuage de pollution, buenos días Patagonia ! Et nous voilà parties presque trois mois en sac à dos, une escapade comparée à l’aventure dans laquelle elle est aujourd’hui lancée !

 

À ma droite, Nil, musicien et chanteur à ses heures perdues, véritable touareg de la randonnée : il ne craint ni le soleil, ni les épines et semble marcher sans effort. Incapable de ne rien faire et toujours à l’affût de nouvelles choses, c’est la seule personne au monde qui, je pense, soit en mesure de gravir 1000 mètres de dénivelé positif, son bâton de marche à la main gauche, tout en se tenant au courant, via son téléphone qu’il tient de la main droite, de la nouvelle gamme de chaussures de randonnée à semelle en gomme ultra adhérente.

 

Ces deux-là sont deux êtres à part, ils ont des idées qui fusent à mille à l’heure, ils font et défont leur sac en un éclair et pourtant, ils prennent le temps de parcourir l’Europe à pied, pendant presque deux ans. Ils chérissent l’ultralight, ont des tapis de sol pas plus lourds qu’une balle de tennis mais n’hésitent pas à prendre ordinateurs, appareils photo et drone dans leur sac à dos pour te faire partager leur aventure en ultra haute définition. Ils marchent depuis des mois, sont surentraînés et leurs réflexes sont aguerris mais même si tu te fais distancer, tu les trouveras toujours un peu plus haut, t’attendant à l’ombre d’un arbre, avant de reprendre la route avec toi.

 

Ils sauront te guider quand les traces disparaissent, Nil et Marie sont littéralement magnétisés par le chemin (mais ne t’avise pas de leur demander lequel des deux a trouvé le meilleur chemin, ils sont un tatillon compétiteurs), t’expliquer comment plier la tente (attention, si c’est pas au carré, Nil te le fera refaire), te motiver quand tu en auras marre, car oui, tu râleras contre les buissons qui piquent, les fougères plus hautes que toi et les sentiers qui disparaissent mais ils seront là pour te redonner le moral (journée pédalo ou pause baignade dans un lac ou une rivière ou un filet d’eau, enfin dès qu’il y a de l’eau grosso modo, pour t’aider à décompresser) et te bousculer quand il faut, c’est ça, l’équipe qu’il te faut.

 

Figure 2 : Attendez-moi !

 

 

2/ C’est par où ?

 

En retrouvant Marie et Nil, je n’avais qu’une hâte, me mettre en route, poser les pieds sur le sentier et suivre cette trace rouge sur la carte GPS que Marie m’avait envoyée avant que je n’arrive. Bon, tout ne s’est pas passé exactement comme prévu, on a dû légèrement bifurquer, juste une fois ou deux… Faire face à l’imprévu, c’est aussi ça partir avec 2PVA.

 

La journée s’annonçait pourtant splendide : la vue sur les montagnes albanaises, les cigales qui font le bruit de l’arrosage automatique, les gens du village qui nous invitent au café, la baignade dans le lac en fin de journée avant d’établir le camp et goûter le meilleur plat lyophilisé de toute ta vie devant le coucher du soleil pour franchir, le lendemain au petit matin, la frontière avec la Grèce. Idyllique. C’était sans compter la police avoisinante montée sur canasson. Avant même d’établir notre campement, ni une ni deux, nous voilà gentiment escortés par un policier à cheval vers son chef et un policier en uniforme qui nous attendaient un peu plus loin. Quelques explications et une vidéo plus tard (Marie et Nil ont eu la chance de se faire interviewer par une télé albanaise quelques temps auparavant, ceci s’avérant très pratique pour expliquer aux gens ce que vous faîtes dans leurs montagnes. N’hésitez donc pas à passer quelques interviews auprès de télé locales lors de vos voyages, ça fait gagner un temps fou), nous nous retrouvons à 6 dans une voiture de police qui nous ramène où nous étions un peu plus tôt dans la journée. Pas de passage de frontière à cet endroit possible.

Police albanaise 1 – 2PVA 0

 

Figure 3 : Et dire qu'on aurait pu camper avec cette vue...

 

Qu’à cela ne tienne, passée la déconvenue, le campement monté pour la nuit, Nil et Marie, tels Mappy, recalculent un nouvel itinéraire pour le lendemain nous permettant de passer en territoire grec un peu plus au nord sur la frontière. Le lendemain, quelques buissons qui piquent plus tard et le temps d’aménager une plage de galets privée près de la rivière (oui, Nil, lors de nos pauses de l’après-midi, s’adonne à la construction de plage de galets pour parfaire notre confort) et nous voilà presque arrivés à un vieux poste frontière ! Nous sommes chaleureusement accueillis par quelques chiens et un garde frontalier qui nous fait asseoir, nous offre de l’eau bien fraîche mais nous annonce qu’il ne pourra pas nous laisser passer la frontière. Quoi ?! Il nous explique calmement qu’il n’y a plus d’électricité depuis un bon bout de temps sur ce poste et ne peut donc pas scanner nos passeports. On insiste, il passe quelques coups de fil, raccroche et nous explique qu’il vient d’avoir son chef, celui-là même qu’on avait vu la veille à qui on avait plus on moins dit qu’on prendrait un autre chemin… Un sermon plus tard et de l’eau fraîche dans nos gourdes, nous revoilà dans une voiture de police en direction d’un village perché dans les montagnes, la douce lueur de la frontière grecque s’éloignant à nouveau mais l’hospitalité des Albanais ne tardant pas à se démontrer dans ce petit village surplombant la vallée.

Police albanaise 2 – 2PVA 0

 

Après deux échecs cuisants à tenter de passer la frontière par des chemins détournés, il fallut donc se résoudre à emprunter un itinéraire plus conventionnel, et on a fini par réussir à la passer, cette frontière !

Police albanaise 2 – 2PVA 1 ! Youhou ! 

 

Elle est bien loin la trace rouge du début envoyée par Marie. Mais finalement, ces aléas, ces changements d’itinéraire, c’est ce qui crée de la rencontre, du souvenir et fini par te faire randonner en slip. Je m’explique, en Grèce, Marie et Nil nous repèrent un super trail, fini les chemins approximatifs albanais, vive les sentiers marqués ! Après quelques heures sur le sentier, on déchante rapidement : le sentier n’est pas (vraiment) entretenu, on navigue à vue dans les fourrés, on préfère redescendre pour longer la rivière. Le lit de la rivière grossissant, longer n’est plus vraiment une option, il faut traverser : y va, y va pas… ? On y va ! Je finis par quitter mon short pour le garder un tantinet au sec et nous voilà à moitié dans l’eau (enfin moi plus au trois quart) pour atteindre l’autre rive et c’est comme ça que j’ai randonné en slip, dans une rivière.

 

 

3/ Tes pieds tu chériras

 

La rando tu connais, l’été dernier tu t’es fait 3 jours d’itinérance dans les Pyrénées avec tes chaussures fièrement achetées au Vieux Campeur, nul doute que tu sauras rempiler pour cet été. Tu as même les guiboles qui frémissent d’impatience à l’idée de rechausser tes boots, semelle Vibram et revêtement en Gore-Tex ! Bon, c’était sans compter un été caniculaire et ses 40° ou plus sur la route… Résultat, tes pieds cuisent gentiment à l’étuvée dans tes chaussures et en trois jours, tu vois gonfler les premières ampoules. Dans ces moment-là, mieux vaut écouter les conseils de pro, en 1 an et demi d’aventure autant te dire que Marie et Nil en ont vu passer un rayon côté ampoule :

  • Aère tes pieds : à bas le cuir, vive les sandales !

Ceci fut d’ailleurs l’occasion d’une matinée shopping à Ioannina en Grèce afin de trouver sandale à mon pied et me permettre de continuer l’aventure. Un confort inégalable mais question style, on repassera, j’ai dû arborer un combo sandale-chaussettes pour affronter les champs de chardons, mes petons déjà fragilisés imploraient merci à la vue des feuilles piquantes… ​

  • Le kit de couture :

Une aiguille, du fil et un passage à la pharmacie grecque plus tard (Mercurochrome est apparemment un mot universel), et y’a plus qu’à… percer et mettre du rouge. Attention, ça tâche ! 

  • Savoir s’arrêter :

Mieux vaut mettre ses pieds au repos un temps que de voir les ampoules devenir trop insupportables au point de ne plus pouvoir marcher. Sagesse de marcheur. 

 

 

4/ Kaliméra, do you have « ujë » ?

 

Quand j’ai commencé à suivre l’aventure de 2PVA, plus que par les paysages, j’étais surtout ébahie, admirative et parfois même un peu envieuse de la facilité avec laquelle Marie et Nil semblaient interagir avec les gens qu’ils rencontraient. Comment font-ils ? Qu’est-ce qu’ils peuvent bien leur raconter ?

 

Figurez-vous qu’il n’y a aucune technique, ils ne « font » rien, marcher vers les gens suffit et savoir baragouiner un ou deux mots dans la langue vous aidera également. C’est fascinant de constater à quel point les gens sont accueillants et généreux. Combien de regards, de mercis, de cafés, de nourriture, de bout de canapé ou de jardin pour planter la tente avons-nous partagé ? Bien plus que je n’aurai pu l’imaginer. Loin du trek en autonomie sur 10 jours que je m’étais vaguement imaginé avant de partir, c’est un condensé d’échanges et de rencontres que j’ai vécus.

 

La curiosité pousse certainement beaucoup les gens à venir vers nous aussi, dans des villages qui se meurent, des français qui parcourent l’Europe à pied pendant 2 ans, c’est tellement inattendu ! Les gens posent beaucoup de questions mais parlent aussi beaucoup de leur vie et de ce qu’ils font. Certains sont plus bourrus que d’autres et on ne se comprend pas toujours très bien mais ça n’a pas d’importance, autour de la table rapidement dressée, tout le monde a le sourire aux lèvres.  

 

Figure 4 : Rencontre impromptue

 

Si la marche est souvent perçue comme une activité solitaire, Marie et Nil la rendent interactive, aucun doute là-dessus, 2PVA porte vraiment bien son nom !

 

Le bilan de ces 10 jours c’est 2 pays magnifiques à 1500 km de la France, 3 tentatives de passage de frontière dont 2 échecs, des températures à plus de 40°, des pauses de 6 heures pour éviter la chaleur écrasante de l’après-midi, 150 km à pieds, 14 ampoules, 1 kg de fêta, 3 piña colada et quelques litres de bières, 2 briquets de perdus, 1 téléphone perdu puis retrouvé (toujours demander à Marie et Nil s’ils n’ont rien oublié avant de lever le camp…), des centaines de « Wow, c’est beau », des dizaines de rencontres et 2 copains hors du commun.

 

Figure 5 : 2PVA main dans la main


 

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