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A LA DÉCOUVERTE D'UNE AUTRE ESPAGNE : 1500 KM DE RANDONNÉE ITINÉRANTE

June 13, 2018

 

Après 2 mois, nous venons de franchir la frontière française. Heureusement, nous avions une carte pour nous l’indiquer sinon nous ne nous en serions pas rendu compte. De plus en plus, nous sommes persuadés que les frontières n’existent que sur les cartes. De la terre ou du ciel, ici nous n’avons pas vu la différence entre la partie portugaise et la partie espagnole de cette même montagne. Nous avons encore 17 frontières à franchir pendant cette traversée de l’Europe et autant d’occasions d’éprouver notre hypothèse.

 

Téléchargez notre itinéraire GPX en Espagne

Vous voyez une frontière, vous ?

 

Mais prenons les choses dans l'ordre. Nous sommes en Espagne depuis quelques heures, nous voici en Extremadura dans le village d’Eljas. Ici, ils parlent un drôle de patois, mélange de portugais et d’espagnol. Nous sommes rapidement invités à dormir chez Miguel, un habitant du village. Nous serons tout aussi bien accueillis le lendemain à Hoyos. On a vu plus brutal comme dépaysement !

 

 

Voyager, aller à la rencontre des gens, découvrir par soi-même, sortir des sentiers battus, c’est, d’après nous, la meilleure façon de bousculer ce que l’on croit savoir.


Si España rime avec playa, fiesta et tapa(s), c’est d’une toute autre Espagne dont nous avons fait la connaissance en y randonnant pendant exactement 2 mois. La première surprise a sans doute été la quantité phénoménale de massifs montagneux que nous avons découvert. Oui, l'Espagne est le second pays le plus haut d'Europe après la Suisse, avec une altitude moyenne de 650 mètres. Près de la moitié de la superficie du pays est un plateau situé à 600 mètres d’altitude, c’est la Meseta Centrale. Mais l’Espagne compte aussi la région la moins densément peuplée d’Europe, oui moins que la Laponie ! C’est la province de Soria en Castille-y-Leon.

 

 

Fin du “Le Saviez-vous ?” mais ces premières surprises, si basiques et évidentes nous ont remis les idées en place : ce pays si proche du nôtre, dont nous parlions tous les deux la langue s’est révélé beaucoup plus inattendu et insaisissable que nous le pensions. Notre voyage à pied nous réserve sans doute encore beaucoup de surprises et de bouleversements de nos certitudes !

 

Nous avons parcouru des territoires rudes et merveilleux à la fois, traversé un hiver 2018 interminable, visité des villages isolés, parfois abandonnés, rencontré des gens austères, voire méfiants et d’autres qui nous ont ouvert leur porte et leur cœur en quelques minutes.


Ces découvertes nous les avons partagées avec pas moins de 4 marcheurs qui nous ont accompagné sur les sentiers espagnols. Des amis de longue date et d’autres que nous rencontrions pour la première fois.

 

 

Nous avons poursuivi l’effort 1KG FOR THE PLANET et nous avons dans l’ensemble trouvé moins de déchets qu’au Portugal. 

 

Cette fois encore, les endroits où nous avons dormi ont été très variés ! Un camp de vacances d’une paroisse catholique, un gymnase, une caravane, deux vieux refuges de montagne, le porche d’une église, une école, une ferme, le local d’une mairie, un grenier, une grange, dans la rue... Nos bivouacs sont devenus de plus en plus minimalistes et nous avons troqué notre tente 3 personnes (la Triplex de Zpacks), contre un simple tarp (le Rectangulaire, toujours de Zpacks). Nous avons passé un tiers de nos nuits invités chez l’habitant. Ici encore, nous avons pu constater que dans la grande majorité des cas, ce sont ceux qui possèdent le moins qui donnent le plus. 

 

 

Ce que l’Espagne a su nous donner sans compter, ce sont des paysages incroyables, variés, monumentaux ou discrets voire cachés.

Des sentiers espagnols, nous avons malheureusement confirmé notre première impression. En août 2017, pendant notre second voyage de préparation, nous avions randonné sur une partie du GR1 espagnol. Nous avions regretté de découvrir de splendides voies pavées, bordées de murs en pierres sèches, totalement délaissées, envahies de végétation et, de toute évidence, plus empruntées depuis des années. Cette année encore, les cartes ont parfois failli à leur promesse : des sentiers de bonne taille sur la carte étaient devenus des jungles quasi infranchissables. Nos jambes écorchées peuvent encore en témoigner. 
Elles peuvent aussi témoigner des dizaines de kilomètres de détour que plusieurs rivières en crue nous ont fait faire ! Lâcher d’eau du barrage ou fonte des neiges selon les cas, nous n’avons pas été ménagés de ce côté-là non plus.

 

 

L’hiver ayant duré anormalement longtemps cette année, avant d’être gênés par l’eau de fonte, nous avons beaucoup souffert de la neige. 

 


Faute d’équipement adéquat (nous ne pensions pas avoir besoin de nos raquettes avant l’hiver prochain !), notre traversée de la magnifique Sierra de Gredos s’est résumée à des passages à 1500 mètres, à l’exception de notre escapade à la Laguna del Barco avec Noé, le frère de Nil, située à 1800 mètres, mais même là, nous avons dû renoncer aux derniers kilomètres.

Il nous a été très difficile de nous résigner à nous limiter à des passages à basse altitude car nous pensions ne pas revoir autant de neige avant longtemps… Quelle erreur ! Camille, notre seconde invitée pourrait vous en parler. De cette nuit du 9 avril par exemple. Nous pensions passer la nuit dans un refuge non gardé à une soixante kilomètres de Madrid. Cela semblait la façon idéale de finir cette belle journée de marche dans la neige et au soleil. En guise de refuge nous avons trouvé 4 murs, un toit en passe de s’effondrer, une fenêtre qui n’en avait que l’encadrement, une porte tordue impossible à fermer complètement et beaucoup d’ordures. La chaleur d’un feu était hors de portée tant tout était trempé et nous nous sommes “réveillés” avec de la neige sur nos sacs de couchage.

 

L’Espagne aura en quelque sorte été un bon entraînement, pour ne pas dire une mise en garde avant la suite de notre randonnée ultralight. Nous avons retrouvé la montagne et les journées à fort dénivelé, juste un tout petit avant goût des Alpes.

 

Calmés par cette expérience nous nous sommes dirigés vers des températures plus clémentes voire totalement caniculaires. De notre traversée du désert des Bardenas Reales, nous sommes ressortis extasiés par ces paysages lunaires, uniques et merveilleux. J’en suis aussi ressortie un peu sonnée par une insolation tellement le soleil était déchaîné et l’ombre inexistante.

 

 

 

Notre itinéraire nous aura réservé quelques surprises, notamment cette portion qui a été retenue par le vote sur Facebook : la Sierra de Alcarama y Valle del Rio Alhama. Au premier abord, ce paysage nous a paru quelconque, très agricole… Mais plus nous nous sommes enfoncés entre les collines, plus nous avons été émerveillés par les paysages et la vie sauvage environnante. 

 

 

En Aragon, nous avons découvert les Mallos de Riglos. Ce sont ces murs rouges coniques formant une muraille de près de 300 mètres de haut. Un régal pour les grimpeurs du monde entier.

 

 

En approchant de la Catalogne, nous avons à nouveau remonté le canyon du Congost de Mont Rebei. C’était un plaisir de partager ce beau souvenir de notre second voyage de préparation avec le troisième marcheur : Bram.

 

 


Les écarts de température, nous les avons aussi ressentis dans l’accueil qui nous a été réservé d’un bout à l’autre du pays. Après avoir été chaudement accueillis en Extremadura, nous avons connu une grande traversée du désert… Passer la Semaine Sainte dans la Sierra de Gredos nous a largement compliqué la vie : le débarquement massif des Madrilènes et autres touristes espagnols rendait les contacts plus difficiles.

Comme vous le savez, nous traversons essentiellement des zones rurales, nous sommes partis en ayant l’a priori que les rencontres seraient plus faciles dans les petits villages que dans les villes. Dans l’ensemble, depuis le début de notre voyage à pied, ce préjugé s’est confirmé, mais dans certaines régions du centre, l’accueil a parfois été glacial. En vérité, nous avons compris que, sans doute, si nous avions passé plus de temps dans un même village, certaines barrières auraient fini par tomber. 

 

 

Des villages totalement abandonnés ou sur le point de le devenir, nous en avons vu beaucoup. L’industrialisation massive lancée à l’époque par Franco a connu un succès rapide, vidant les campagnes et engorgeant les villes. Sur la période 1970-1990, la ville de Madrid a doublé sa population.

 

Ces semaines de solitude ont vite été éclipsées par l’accueil de villages tout entiers. À  Serón de Nágima, les habitants se sont pliés en quatre pour nous faire découvrir l’histoire de ce petit village de Castille. À  Cabretón, après avoir dormi dans l’école nous avons passé une partie de la matinée à présenter notre projet aux 4 élèves de l’école. 4 élèves pour tout une école, c’est peu. À la rentrée 2018 ils n’auraient été plus que 3 et c’est pour cette raison qu’elle va fermer. Nous avons appris cette nouvelle quelques semaines après notre passage et en avons été émus aux larmes. À Cabretón, nous avons surtout rencontré des gens d’une gentillesse et d’une ouverture d’esprit incroyables. 

 


Arrivés dans le village de Luna en Aragon, on nous a prêté une maison ! Sans cela, nous n’aurions sans doute pas pu découvrir d’aussi près la tradition des Fiestas de la Primavera : le lâcher de vaches dans les rues du village.

 

 

En Aragon, nous avons aussi retrouvé Luis, le gardien du refuge de Goriz que nous avions interviewé l’année dernière. Quelques jours avant une opération du genou, ce n’était pas vraiment le moment pour lui de venir marcher avec nous, c’est donc chez lui avec sa famille que nous avons passé ces beaux moments.

 

 

Enfin, juste avant de passer la frontière, nous avons fait étape dans un refuge. Dans cet endroit magnifique et hors du temps, nous avons noué une belle amitié et sommes finalement restés plus longtemps que prévu pour donner un coup de main à nos nouveaux amis ! Au Refugi de Quatre Cases, comme à Cabretón, nous prévoyons déjà de revenir un jour…

 

 

L’Espagne restera aussi pour nous le pays où nous avons célébré mes 30 ans. Passer un tel cap en vivant cette belle aventure a été le plus beau des cadeaux !

 

 

...Vous aussi vous trouvez qu’il y a quelque chose qui cloche dans cet article ? En effet, on ne vous a pas encore parlé de nourriture. Et pour cause. Ce qu’on a vu de la gastronomie espagnole n’aura pas été une grande révélation pour nous. Souvent trop grasse à notre goût, pas toujours variée. On n’a pas trouvé de remplaçant à notre pasteis de nata presque quotidien au Portugal et ça nous a manqué ! Rassurez-vous, on ne s'est pas laissé mourir de faim non plus !

 

 

Nous quittons l’Espagne avec des sentiments contradictoires. Nous sommes très impatients de découvrir comment se passera notre aventure dans notre propre pays mais nous nous éloignons un peu plus de personnes chères rencontrées sur les 1500 kilomètres parcourus ici.

 

 

¡Hasta luego!

Marie & Nil

 

 

Lire l'article Bilan de notre randonnée au Portugal: 750(km) bonnes raisons d'y aller

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