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3 MOIS DE RANDONNÉE DANS LES ALPES ITALIENNES

November 30, 2018

Quand on dit qu’on a randonné en Italie plus de 1 000 km d’ouest en est, les gens pensent tout de suite à des gondoles, des tours penchées, des pizzas, des pâtes et du linge qui sèche aux fenêtres.

On ne va pas se mentir, oui on a mangé des pizzas et pâtes :) Mais croyez-nous si on vous dit que le reste ne s’est pas du tout passé comme ça !

 

 

Traverser l’Europe, c’était notre projet. Traverser les Alpes, c’était un rêve. Et la fenêtre météo pour le réaliser, était relativement courte : avant juin c’était trop tôt, après octobre ça aurait été trop tard et il fallait bien compter 3 ou 4 mois pour les traverser. Notre date de départ le 5 février dernier à Sagres avait été fixée en prévision de cette épique section de notre voyage.

 

Téléchargez notre itinéraire GPX en Italie

 

C’est sûr que, même maintenant, notre vision de l’Italie est très partielle. Mais il en va de même pour tous les pays qu’on a traversé et qu’on traversera pendant ce voyage à pied. Même si on progresse lentement, qu’on passe beaucoup de temps dans certains pays, on ne découvre qu’une ligne étroite à l’échelle d’un pays tout entier.

 

 

Pendant presque 3 mois de randonnée en Italie, on a découvert les Alpes italiennes, traversé 6 régions, grimpé 69 500 mètres de dénivelé positif, dormi 30% du temps chez l’habitant et dépensé le double de notre budget prévu, soit une moyenne de 20€ par jour et par personne.

 

Les gens s’étonnent quand on explique qu’on n’a pas réussi à tenir notre budget en Italie. Ce n’est pas tant lié au pays lui-même, mais plutôt à la montagne en général. Les produits sont difficiles à acheminer et donc plus chers, les commerces sont rares donc on se contente de ce que l’on trouve et au prix où on le trouve, des conditions météo difficiles peuvent vite devenir dangereuses et nous ont parfois poussé à dormir en refuge là où ailleurs nous aurions pu camper, les villages et donc les rencontres ont aussi été plus rares et ainsi l’aide que nous reçue.

 

 

Merci !

 

Les rencontres ont été moins fréquentes, mais elles ont tout de même été là ! On ne remerciera jamais assez tous ces gens qui nous ont accueilli ou aidé d'une manière ou d'une autre !

 

 

Ce qui nous a aussi largement aidé, ce sont les bivouacs (en italien bivacco), ces cabanes, de toute taille, de toute forme et de tout niveau de confort, en général construites, entretenues et mises à disposition par le Club Alpin Italien. Les plus confortables prennent la forme d’un grand chalet d’une seule pièce avec une douzaine de lits avec draps et couvertures, le gaz, l’électricité et une grande table pour les repas. Les plus sommaires ressemblaient à des boîtes de conserve géantes avec entre 2 et 8 couchettes où parfois on ne pouvait pas tenir debout.

 

 

 

On n’est jamais vraiment prêt

 

Ces bivouacs ont souvent été salutaires. Oui, traverser les Alpes est sans doute l’une des choses les plus difficiles que nous ayons fait. Physiquement et mentalement. Nous sommes arrivés au pied des Alpes après déjà 6 mois de marche. Un bon entraînement oui, mais en fait, rien ne pouvait nous préparer à ce qui allait suivre : une moyenne de 1000m de dénivelé positif quotidiennement sur une si longue période. On pourrait penser qu’au bout de 2 ou 3 semaines de ce régime, on s’habitue. En fait, non. En tout cas, on n’est pas tous égaux sur le sujet.

 

 

S’il y a bien une chose qui nous a aidé à aller au bout de cette traversée alpine, ce sont les “wahou”, “pfiou”, “dis donc, c’est vachement beau” que nous poussions des dizaines de fois par jour. Jamais, ni l’un ni l’autre, n’avions connu un tel émerveillement quotidien et systématique. Nous avons découverts des endroits sublimes dans tous les pays que nous avons traversé mais jamais avec une telle concentration !

 

 

La crème de la crème

 

Cet article pourrait faire 30 pages sans qu’on n’épuise la liste des sites fantastiques qui marqueront notre esprit pour toujours. On va quand même essayer de vous en donner un aperçu.

 

  • Le plus grand espace naturel protégé du Piémont

 

Nous sommes entrés en Italie par le Parco delle Alpi Marittime. Pour nous un des endroits les plus bruts et les plus riches en vie sauvage des Alpes italiennes. Partout bouquetins, chamois, marmottes, pics acérés et lacs d’altitude où on a parfois eu le courage de se baigner, pour être honnêtes, surtout quand on avait besoin de se laver !

 

 

Cerise sur le gâteau, nous sommes retournés au Rifugio Emilio Questa que nous avions découvert un an avant, pendant la préparation de notre voyage à pied. Là-bas nous y avons retrouvé Flavio, gardien du refuge depuis 31 ans. D’ailleurs, il en parle mieux que nous :

 

 

 

  • S’approcher des étoiles

 

Voir le Mont Viso de vraiment très très près nous a un peu titillé. La météo n’étant pas vraiment de notre côté, on a choisi d’en faire le tour et n’avons pas regretté pour deux raisons. La première c’est qu’on a fini cette journée pris dans une tempête de vent et de pluie. La seconde c’est qu’après avoir dormi dans l’adorable bivacco de la Punta Venezia, on s’est réveillés avec une vue à couper le souffle sur le Viso.

 

 

Malgré tout, par la suite, la tentation de découvrir, même à une petite échelle, la haute montagne nous a suivi. Quand Jesse, notre premier invité en Italie nous a rejoint et qu’il nous a dit que ça l’excitait beaucoup aussi, on s’est décidé. Nous voilà en route pour le paradis, le Grand.

Il s’est imposé comme une évidence : notre itinéraire passait à ses pieds et le Grand Paradis (4061m) est réputé comme l’un des 4000 les plus accessibles des Alpes.

 

Evidemment, avant de se lancer, on s’est longuement documenté, on a rencontré et consulté plusieurs guides, répété nos manip’ de sécurité, etc.

 

 

Quelques petits trucs qu’on a appris en chemin :

- U️ne ascension digne de ce nom doit commencer tôt, genre vraiment tôt. On parle de 4h du matin là. Pourquoi ? Parce que vous ne voulez pas vous retrouver à traverser un glacier plein de crevasses en plein après-midi ensoleillé.

- Pas de bras, pas de chocolat. Ici, pas de soleil, pas de chaleur. On enfonce une porte ouverte ? Oui, mais froid en bas dans la vallée et froid au-delà de 3000m, ça ne veut pas dire la même chose. Alors on se couvre !

- Quand le soleil s’est enfin montré, on a vu l'une des plus belles choses de toute notre vie et on a vite oublié les heures difficiles pour arriver là-haut.

 

Peu de temps après, c’est dans le massif du Monte Rosa que l’euphorie des cimes nous a repris. Enfin, surtout Nil et Jesse. Je me sentais trop fatiguée pour les suivre, je suis donc restée dans la vallée pour me reposer et travailler. Nous traversions les Alpes depuis 3 semaines et, loin de m’habituer à l’effort, je me sentais au contraire de plus en plus fatiguée.

 

Les garçons ont séjourné dans la magnifique Capanna Gnifetti et ont fait l'ascension de la Pointe Parrot (4432), du Ludwigshöhe (4341), du Balmenhorn (4167) et de la Pyramide Vincent (4215). Oui, tout ça !

En voyant les photos incroyables qu'ils ont rapporté, j’étais presque jalouse…

 

 

 

  • Ich spreche kein deutsch

 

Après avoir traversé la Suisse, nous sommes retournés en Italie par le Trentin-Haut Adige. On était terriblement impatients de retrouver une culture plus chaleureuse et une langue plus familière. Raté. Il faut croire que nos livres d'Histoire avaient omis de nous parler de ce détail. Pendant des siècles, la situation de cette région germanophone a été complexe, changeant de camp au gré des conflits. Jusqu’à la Première Guerre Mondiale, elle appartenait à l’Autriche qui l’a finalement cédée à l’Italie en échange de son engagement aux côtés des Alliés. Traverser l’Europe, c’est aussi découvrir son histoire !

Nous voilà donc dans une Italie où l’on parle allemand et où la culture est plus germanique que latine.

 

 

 

  • Mangez des pommes !

 

Le Val di Non, dans le Trentino ne nous a pas marqué par ses paysages à couper le souffle mais plutôt par sa monoculture intensive de la pomme. En effet, depuis plus de 2000 ans, des pommes sont cultivées en Val di Non. Son altitude entre 500 et 1000m et son microclimat en font un environnement particulièrement favorable à cette culture. Jusqu’à la fin des années 1980, cette production était essentiellement le fruit de nombreuses activités familiales. Soucieux de protéger leur produit et son appellation et de rationaliser leur processus de vente, ils se sont regroupés en une coopérative sous la marque Mélinda. Aujourd’hui Mélinda représente une part importante des pommes vendues en Europe et impose aux agriculteurs des standards stricts pour uniformiser la production…

 

 

 

  • De l’art qui rapproche

 

100 000 habitants, pour nous, ça fait une grande ville. A force, on perd l’habitude de traverser des endroits aussi bondés et en plus, on n’y prend aucun plaisir. Pourtant on est restés un bon moment à Bolzano. Nous avons rencontré Maria qui est Espagnole mais vit à Bolzano depuis plusieurs années. Elle a immédiatement accepté de nous héberger et d’une nuit, nous sommes finalement restés près d’une semaine.

 

Chez Maria, on a aussi rencontré Jacopo. Il est artiste de cirque et avec d’autres, il a monté l’association SLAM dont la mission est d’enseigner la pratique des arts du cirque mais surtout de créer du lien social entre des personnes qui ne se seraient peut-être pas rencontrées autrement. On a eu la chance de les suivre lors d’un spectacle de rue et d’une une animation pour les portes ouvertes d’un centre d’accueil pour réfugiés.

 

 

 

  • Winter is coming

 

On se souviendra longtemps de notre journée aux alentours du Piz Boè. Pourquoi ? Parce qu’elle a marqué notre arrivée dans les Dolomites ! Cette froide journée brumeuse nous a aussi envoyé un signal assez clair : l'hiver approchait.

 

 

Comme on vous le disait, cette région a été fortement marquée par la Première Guerre Mondiale. Le Mont Lagazuoi marquait la ligne de front entre les armées autrichiennes et italiennes. Pour déloger les Autrichiens de leurs positions en altitude, l’armée italienne a creusé des kilomètres de galeries dans la montagne. Ces tunnels sont accessibles aujourd’hui. Du col, il est possible de redescendre quelques centaines de mètres plus bas par ces tunnels.

 

 

 

  • Instagramers de malheur :)

 

Nos deux invités suivants ont été gâtés pour leur arrivée. Nous avons emmené Caroline et Antoine voir un des lacs les plus photographiés d’Italie. On comprend pourquoi. Le lac de Braies est enclavé entre de hautes montagnes, la roche calcaire blanche alentour et les couleurs d’automne s’accordent parfaitement. Petit bémol, même hors saison, tôt le matin, l’endroit très accessible était assailli de photographes, groupes de touristes, tous venus prendre la même photo.

 

 

 

  • Mythiques Dolomites

 

En approchant d’un coin aussi célèbre que les Tre Cime di Lavaredo, on ne pouvait pas s’empêcher de se demander si on n’allait pas être déçus. C’est vrai, les attentes sont forcément très hautes, à force, l’idée qu’on s’en fait est sans doute déformée par tout ce qu’on lit ou entend.

 

Rien de décevant dans ce qui a suivi pourtant…

 

L’approche était déjà somptueuse mais la découverte des trois cimes nous a coupé le souffle à tous les quatre. Ces géants sortis de terre, entourés de pierriers redoutables, laisseraient n’importe qui sans voix. Ici, nous nous sommes séparés. Les garçons ont suivi un sentier au plus près des mastodontes et les filles, un chemin plus direct vers le Rifugio Locatelli, fermé en cette saison, mais avec l’espoir de trouver un refuge hivernal ouvert, comme on nous l’avait indiqué. Ainsi, nous avons pu réunir un butin de clichés variés, de nos vedettes du jour prises sous tous les angles.

 

 

 

  • La montagne pour tous ?

 

Avec les derniers rayons du soleil, on a croisé un couple de touristes en jean et basket, petite veste de fourrure, en train de prendre des photos des Tre Cime. “Vous savez qu’il va très vite faire nuit et que le parking où vous avez certainement laissé votre voiture se trouve à 2h de marche sur un sentier difficile ? Il va bientôt faire très froid, vous devriez repartir, genre MAINTENANT !” Mais notre inquiétude n’a pas franchement eu l’air contagieuse et ils ont continué leur séance photo. Le lendemain matin, nous découvrons à une dizaine de mètres de la porte du bivouac un homme tremblant de froid dans son duvet d’un autre âge. En visite dans la région pour quelques jours, il ne s’attendait pas à trouver le refuge fermé, n’a pas trouvé l’entrée du bivouac et s’est fait surprendre par la nuit. On partage avec lui notre petit déjeuner et un café bien chaud (non, il n’avait pas de réchaud non plus…).

 

 

Ces rencontres nous poussent à nous demander si le fait de rendre la montagne de plus en plus accessible… et surtout si l’illusion de son accessibilité à travers les réseaux sociaux est une bonne chose. D’un côté, c’est permettre au plus grand nombre de découvrir des sites fantastiques, d’un autre, ça représente évidemment le danger de voir arriver là-haut des personnes non préparées et mal équipées.

 

Qu’est-ce que vous en pensez, vous ?

 

 

  • Rencontre avec Adrian

 

Après avoir quitté Antoine et Caroline, on s’est encore dit à quel point ils avaient eu de la chance. Déjà, ils nous ont accompagné dans ce qui restera pour nous l’un des plus beaux endroits du voyage. Ensuite, ils sont partis juste avant que la tempête Adrian ne frappe le nord de l’Italie et en particulier, l’endroit précis où on se trouvait ! Nous aussi on a eu beaucoup de chance. La chance de rencontrer Gigi qui nous a accueillis dans son bed&breakfast puis celle de tomber sur Patrizia à Forni di Sopra, plus lucide et mieux informée que nous sur la météo des jours à venir. Sans se poser tellement plus de questions, elle nous a donné les clés de sa maison de famille pour que nous y restions le temps que ça se calme un peu. On pensait y passer une nuit, on est restés 3 jours. Oui, c’était une sérieuse tempête. Pas d’électricité ni de réseau téléphonique et internet dans tous les villages alentour pendant cette période mais un toit sur la tête et un poêle à bois.

 

Il a fallu s’occuper pendant tout ce temps. Aux côtés de Timilin, un passionné de l’histoire rurale de sa région, nous avons visité le musée local et appris beaucoup sur le mode de vie du siècle passé.

 

 

 

 

  • Finir en beauté

 

La tempête a laissé des routes impraticables, des ponts effondrés, des sentiers très encombrés mais nous savions que notre fenêtre de tir pour passer la frontière slovène était mince. Nous cherchions un passage ni trop en altitude (on était déjà trop avancés dans la saison pour jouer à ça) ni trop plan-plan, en gros, on cherchait un moyen de terminer honorablement cette traversée des Alpes.

 

Le col du Sella Prevala, tout près du Mont Kanin cochait toutes les cases : 1195m d'altitude, plusieurs bivouacs sur la route donc plusieurs solutions de couchage et côté slovène, nous débouchions directement sur le village de Bovec où nous devions retrouver notre 13ème invité quelques jours plus tard. Un plan sans accrocs… en théorie.

 

Le bon côté de cette météo capricieuse, c’est que nous étions absolument seuls dans la montagne et que nous avons rencontré un nombre incalculable d’animaux !

 

 

Après notre nuit au Bivacco Igor Crasso où heureusement on a pu faire sécher nos chaussures devant le poêle à bois, ️les choses se sont compliquées. Plus on montait, plus on comprenait que là-haut, il allait y avoir de la neige ! Au départ juste un peu sur le sentier puis de plus en plus. Sur le dernier 1,5 km (qui nous aura bien pris 2h), le sentier n'existait tout simplement plus. La roche qui se trouvait sous la neige était fissurée de crevasses. A chaque pas, on ne savait pas si on allait tenir, glisser sur un rocher glacé ou s'enfoncer d'un mètre. On est arrivé au Bivacco speleologico "Davanzo - Vianello - Picciola", trempés de sueur, épuisés mais émerveillés par cet endroit.

 

 

Pour atteindre la Slovénie, nous devrons passer deux cols. Avant d'atteindre le premier Marie glisse sur les fesses et se rattrape de justesse avec les pieds pour éviter une crevasse.

Les genoux en trembleront longtemps.

 

 

Le premier col, c'était finalement plutôt un mur enneigé. Un sentier inexistant, un mètre de neige, une pente presque verticale et toujours ces crevasses rocheuses. L'ascension a été dure. En particulier ce passage vraiment abrupte. Honnêtement, on s'est fait peur !

 

Pour atteindre le deuxième col, il s'agira de remonter une piste de ski. Pas dangereux mais long et éprouvant. Et puis là-haut... la vue sur le chemin parcouru derrière et l'excitation des premiers paysages slovènes devant…

 

Une page se tourne.

 

Marie & Nil

 

► Voir nos 4 galeries photo d'Italie

► Lire l'article précédent : 460KM DE RANDONNÉE EN SUISSE

 

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