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  • Marie & Nil

TRAVERSEE DE LA BULGARIE - 1000 KM A PIED


Pas mécontents de quitter la Grèce après tout ce temps passé là-bas, nous arrivons en Bulgarie. C’est l’un des pays que nous aimons citer en exemple pour illustrer à quel point nous connaissons mal nos voisins européens. Quelles images de la Bulgarie avez-vous en tête ? Nous avons découvert un pays couvert de montagnes, avec une gastronomie riche et variée et des gens au tempérament parfois… rustique !


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Langue et alphabet

Côté alphabet, on n’a pas été vraiment plus gâtés qu’en Grèce. Le cyrillique, ce n’est pas vraiment automatique ! En revanche, sur la langue, on a réellement pu tirer profit de nos connaissances en serbo-croate puisque les langues sont très proches. Ca a été un vrai plaisir de ne pas avoir à repartir totalement de zéro pour une fois.



Une culture de la montagne

Seconde bonne surprise, nous voilà dans un pays avec une réelle culture de la montagne. Parc nationaux, refuges de montagne, sentiers balisés, on sent que les Bulgares ont ce goût pour le grand air et on a retrouvé une ambiance très alpine dans ces belles montagnes. Sur les deux sentiers de longue distance que nous avons pendant notre traversée de la Bulgarie, des refuges, quasiment tous ouverts en hiver, rythment les sections et permettent d’arpenter ces montagnes sans avoir besoin de camper. Vous nous connaissez, on a quand même passé quelques nuits dehors ! Mais c’était un vrai soulagement d’avoir le choix chaque jour et c’est chouette de voir que ces activités sont rendues accessibles à différents profils, dont ceux qui ne souhaitent pas camper.

Parmi les gardiens de refuge, on a trouvé un peu de tout. L’immense majorité ne parlait pas anglais. Comme partout, pour beaucoup c’était un obstacle impossible à surmonter, pour quelques autres, ça n’enlevait rien à leur envie de communiquer et ils trouvaient toujours des moyens détournés. Une fois ou deux, nous avons sentis que nous n’étions vraiment pas les bienvenus et d’autres fois, nous avons fait de belles rencontres. En cette saison, nous étions bien souvent les seuls clients du refuge.




Le Kom Emine

Fin décembre et début janvier, nous nous trouvions sur les hauteurs de la chaîne de montagne du Grand Balkan. C’est elle qui a donné son nom aux Balkans. Dans les diverses langues slaves, on l’appelle aussi Stara Planina, “la vieille montagne”. Elle coupe littéralement la Bulgarie en deux puisqu’elle va de la frontière serbe jusqu’à la Mer Noire. Ce mur d’ouest en est constitue une véritable barrière pour les vents glaciaux venus du nord. Pour cette raison, il y a une vraie différence de climat entre le nord et le sud du pays. C’est aussi ce qui rend ces montagnes dangereuses. En hiver, le vent peut être redoutable et la météo peut changer très rapidement.

Sur les crêtes, serpente un ancien sentier de longue distance. Le Kom Emine démarre au Mont Kom pour terminer au Cap Emine. Le sentier européen E3 emprunte le Kom Emine sur presque toute sa section bulgare. Le point culminant du sentier est le pic Botev (2376 m), qui est également le plus haut sommet du Grand Balkan. C’est sans doute le sentier le plus célèbre de Bulgarie, il est donc bien entretenu et le marquage est facile à suivre, en été comme en hiver. La maintenance du Kom Emine est un nouveau signe de l’amour de la montagne des Bulgares et de leur souhait de la rendre accessible au plus grand nombre sans la dénaturer pour autant.

Nous n’avons pas parcouru intégralement le Kom Emine, nous l’avons rejoint un peu après le mont Kom et nous avons décidé de piquer au sud avant d’atteindre la mer Noire afin de découvrir aussi une autre Bulgarie, plus rurale.




Y a plus de saison !

Là-haut, les températures et encore plus les températures ressenties à cause du vent, ont été un challenge. On atteignait régulièrement -15 voire -20°C. Ajoutez à cela un vent glacial chargé de particules de glace qui vient vous fouetter le visage et vous aurez un aperçu de ce qu’ont été les premières semaines de 2020 pour nous. A l’inverse, fin décembre nous nous sommes fait surprendre par des températures anormalement élevées pour la saison. Déjà équipés de notre chaud matériel d’hiver, nous nous sommes retrouvés à devoir marcher en slip pour ne pas atteindre la surchauffe !




Noël en famille

Au milieu de notre traversée du Kom Emine, nous avons reçu une invitation qui s’est présentée comme la parfaite excuse pour couper en deux notre aventure sur les froides hauteurs du Grand Balkan. Au début du voyage, nous avions cherché à entrer en contact avec des habitants des pays que nous allions traverser. Des gens de notre tranche d’âge qui aiment la marche. C’est comme cela que nous avions rencontré Petar sur Instagram. Presque 2 ans plus tard, nous voilà dans son pays ! Nous nous sommes finalement rencontré physiquement lors de notre passage à Sofia où nous avons passé pas mal de temps ensemble.

Début décembre, Petar nous a dit : “Je sais ce que c’est d’être loin de chez soi alors je vous propose de venir passer Noël en famille, chez mes parents à Ruse”. Vous imaginez que l’émotion était à son comble quand on a accepté ! Nous avons vécu un Noël inoubliable, traditionnel et chaleureux, nous faisant oublier l’espace d’une soirée que nous étions loin de nos proches depuis si longtemps.




Bonne année !

A l’approche du Nouvel An, nous avons cherché comment nous pourrions le passer dans un cadre sympa. Nous étions de retour sur le Kom Emine et avons estimé nos journées de marche afin d’arriver le 31 décembre dans un refuge. On savait qu’il était ouvert mais on ne savait pas si on allait se retrouver en tête à tête avec le gardien ou si d’autres que nous auraient eu l’idée de venir la fête là-haut. Finalement, on s’est retrouvé à une vingtaine de personnes autour d’un bon repas ! On est partis assez tôt le lendemain pour une longue journée de marche dans le froid.





Trois invités

Pas moins de trois invités nous ont rejoint pendant notre traversée de la Bulgarie.

Maya, franco-américaine, nous a retrouvé dès le premier jour et nous avons traversé ensemble les montagnes du Pirin. C’était la première fois qu’elle sollicitait aussi durement son genou après une lourde opération. Les immenses pierriers du Pirin n’était pas toujours idéaux mais elle s’en est tirée comme une cheffe. Sa deuxième inquiétude était sans doute de ne pas trouver beaucoup d’option véganes pour se nourrir en Bulgarie. Elle est donc arrivée avec pas mal de stocks de nourriture, ses petits déjeuners et pas mal de snacks, c’était top de partager ça avec elle. Et finalement, elle est repartie en pouvant quasiment faire une étude comparative des soupes de haricots bulgares.


Tom a quitté Paris pour venir traverser le Parc National de Rila avec nous. La météo capricieuse et difficile n’a pas réussi à faire disparaître sa bonne humeur. Il a enchanté cette semaine par sa spiritualité et son grand sourire, chaque pas le rapprochant un peu plus de son futur rôle de papa. Le petit Soan est arrivé début mars !


Enfin, Aleksandar a fait un long voyage depuis la Slovénie pour marcher 8 jours avec nous sur nos derniers kilomètres du Kom Emine. Nous avons eu beaucoup plus de neige que prévu. Lorsque nous nous enfoncions jusqu’aux genoux, nous regrettions presque de lui avoir dit de ne pas prendre de raquettes et d’avoir laissé les nôtres dans la vallée. Avoir un Slovène qui parle Macédonien avec nous a réellement donné une autre dimension à nos contacts avec les Bulgares puisqu’ils parlaient des langues dans lesquelles ils arrivaient très bien à se comprendre.




Les pierres du Pirin

Le Pirin est un massif relativement petit et compact, il ne s'étend pas sur une très grande superficie, il est également connu pour être très riche en eau, en nombreuses rivières et pas moins de 186 lacs. Le parc national a été créé en 1962, il protège la plus grande forêt bulgare de pins bosniaques, de pins macédoniens et de genévriers. Il a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1983. Merci Wikipedia 🤓 mais quelle a été notre expérience de cette section? Une partie beaucoup très rocheuse, également assez élevée, des nuits très très froides et humides alors que les journées étaient anormalement chaudes. Nous avons fini par regretter d'avoir notre équipement mi-saison pendant la journée, nous avions trop chaud dans nos chaussures, les crampons n'étaient absolument pas nécessaires, mais la nuit nous rêvions de nos sacs de couchage les plus chauds. Pas facile de s’équiper pour la mi-saison sans se faire envoyer des colis chaque semaine. C'est sûrement la saison où la gestion de notre logistique est la plus compliquée!

Clou du spectacle du parc du Pirin : l'arête de Koncheto où nous nous sommes sentis seuls au monde !




Rila dans le brouillard

Pendant trois jours, nous n’avons presque rien vu du parc national de Rila. Quelle tristesse ! Heureusement, les nombreux refuges et bivouacs nous ont permis de passer nos nuits au sec et un peu plus au chaud. Du grand refuge plein de randonneurs jusqu’à la petite cabane sans même un poêle à bois, nous avons eu de tout. Nous sommes arrivés aux Sept Lacs de Rila, sans doute l'endroit le plus touristique du sud de la Bulgarie ! Sept lacs dans un immense cirque montagneux que nous avons découvert petit à petit. La plupart des visiteurs arrivent par le bas, par le télésiège et seulement quelques courageux s'offrent la vue que nous avons eue en arrivant par en haut, par les crêtes. Plusieurs fois pendant notre traversée du parc de Rila, nous avons entendu que cette montagne était sacrée, chargée en énergie. Qu'on y croit ou pas, c'est un endroit à part et magnifique.




Vitosha la banlieusarde

Au sud de Sofia, se trouve la montagne Vitosha. Quand je dis au sud de la ville, je dire littéralement aux portes de la capitale. Quand vous avez passé la dernière maison, la pente commence là. Vous imaginez un tel terrain de jeu qui se trouverait à la Porte d’Orléans pour les Parisiens ? Le rêve : le téléphérique à la sortie du métro ! De notre côté, Vitosha nous sépare encore de Sofia. Ça grimpe, ça grimpe ! En même temps ça se mérite d'atteindre le sommet à 2 290 m. Au fur et à mesure de notre ascension, on passe d'un environnement jaune et du vert à du tout gris. Nous atteignons les nuages qui nous trempent en moins d'une seconde, le vent souffle à une vitesse !!




Sofia

Petit bain de foule et d’urbanité à Sofia. Nous y avons passé une semaine, essentiellement à travailler sur nos vidéos, photos, articles, etc. Mais on est aussi pas mal sortis avec nos différents amis bulgares, rencontrés dans les refuges ou sur Instagram !




La légende de Belogradchik

Belogradchik se classe sans conteste dans le top 5 des plus beaux endroits découverts pendant cette traversée de l’Europe. Comment cet endroit n'est pas plus célèbre en-dehors de la Bulgarie ?! C'est encore un mystère pour nous… Belogradchik est la raison pour laquelle nous avons quitté la Serbie à ce point précis. On a vu des photos de l'endroit et on a décidé qu'on ne pouvait pas le manquer. Les pierres de grès, de calcaire et de conglomérat ont une forme particulière. La couleur des roches varie de l'ocre au jaune et certaines atteignent jusqu'à 200 mètres de hauteur ! Belogradchik est aussi connu pour sa forteresse ! Elle a été construite à l'origine pendant la période romaine puis modifiée plusieurs fois pendant son histoire.

Laissez-nous vous raconter la légende des pierres de Belogradchik ! Chaque pierre ici est chargée de légende, de souffrance et d'héroïsme qui explique l'incroyable beauté de cet endroit. Il y a des siècles entre les rochers se trouvait un couvent. La plus jeune des nonnes - Vitinia - ne pouvait pas cacher sous sa soutane son incroyable beauté. La rumeur de sa beauté s'est propagée partout dans l'empire romain. Un jour, le jour de Pierre, quand le monastère pouvait être visité, Vitinia a rencontré Antonio. Ils ont caché leur amour aux nonnes longtemps mais après un an, le fruit de leur amour a vu le jour. La voix d'enfant a rempli le monastère de pleurs. Vitinia a dû faire face à la stricte loi des nonnes. Elles ont décidé de la maudire et de l'expulser du monastère avec son enfant. A ce moment, de la colline est venu Antonio sur son cheval blanc. Il a supplié les nonnes de ne pas la punir. Soudain, une tempête a éclaté, un coup de tonnerre et la terre a tremblé. Le monastère s'est effondré en ruines et tout a été transformé en pierre - les nonnes, Antonio, même Vitinia qui s'est transformé en Madonne avec son enfant. Même si nous ne sommes pas superstitieux ni religieux, nous aimons ces vieilles histoires qui donnent un charme onirique à chaque endroit.




Là-haut sur le Botev

Le point culminant de la chaîne de montagnes du Grand Balkan : le Botev à 2376 m ! De là-haut, nous avons réalisé que nous nous trouvions sur la dernière section au-delà de 2000 m d’altitude de cette expédition. Les derniers paysages lunaires, les derniers vents glaciaux... Impossible de traverser ce lieu sans penser à tous les sommets que nous avons parcourus ces 2 dernières années. Nous n'en avions pas encore fini avec la neige, mais sûrement le plus dur est maintenant derrière nous.




Une aventure à peine post-soviétique

Buzludzha, c’est un centre de conférence construit par le parti communiste bulgare en 1981 et abandonné 8 ans plus tard avec la chute du régime. Aujourd'hui, aucune des institutions publiques ne prend l'initiative de conserver et de rénover ce monument historique, lié à la douloureuse histoire politique du pays. En 2011, le gouvernement bulgare a transféré la propriété du monument au Parti socialiste bulgare, mais le parti lui-même ne prend aucune mesure pour conserver son symbole le plus important. C'est la raison pour laquelle cet endroit est aujourd'hui un des sites d'urbex les plus célèbres d'Europe. Aujourd'hui, chaque entrée a été murée et il n'y a aucun moyen d'entrer, il y a même un flic qui garde l'endroit toute la journée. On a été d'autant plus déçus de le découvrir quand notre drone s'est coincé sur le rebord d'une fenêtre après qu'un bloc de neige lui soit tombé dessus...

On demande au policier, il dit qu'il y a probablement une clé quelque part dans l'une des villes de la vallée, il passe quelques appels et dit qu'il faut attendre. On attend. On attend des heures et on sent qu'il ne fait pas beaucoup d'efforts pour régler la situation. C'est notre deuxième journée avec Aleks et on ne veut pas perdre trop de temps sur notre planning. On commence à appeler tous les gens qu'on connaît en Bulgarie pour essayer de le convaincre que nous sommes des gens responsables, que nous voulons juste récupérer notre matériel. On prend même contact avec le Ministère du Tourisme. Aleks appelle sa cousine qui sort avec un Bulgare. Sa ville natale se trouve être la ville où la clé est censée être ! Il appelle le chef de police locale qui appelle ensuite le flic devant nous pour lui dire qu'il peut nous laisser entrer. La clé était dans sa poche tout ce temps ! De 9 h à 16 h, nous avons essayé de localiser cette clé qui était juste là ! Quoi qu'il en soit, on a la clé, on peut entrer dans ce bâtiment ! Woops, la serrure est trop rouillée et la clé n'aidera pas. Nil court pendant des kilomètres pour trouver du WD40, il en trouve... Mais ça ne marche pas. Ok alors, il faut détordre les barres de fer qui bloquent la porte et nous y voilà !!! Il trouve le drone, parvient à prendre quelques photos et se précipite dehors !


Après être descendus de la Stara Planina, nous avons dû marcher quelques jours dans le plat pays avant d’atteindre la frontière turque. Franchement pas la meilleure section de notre traversée de la Bulgarie… Des champs à perte de vue, des sentiers inexistants et surtout une vague de froid qui nous a surpris un soir. Nous avions renvoyé notre matériel d’hiver et on n’a pas dormi de la nuit tellement on a eu froid !


Nous voilà aux portes de la Turquie. Nous sommes évidemment très émus puisque cette frontière sera la dernière de cette aventure. Nous avons mis 2 ans à atteindre la Turquie, inutile de vous dire à quel point nous sommes impatients de découvrir ce qu’elle a à offrir !


A très vite ! Marie & Nil