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1300 KM DE RANDONNÉE EN GRÈCE

November 21, 2019

On s’était mis en tête depuis des mois que notre traversée de la Grèce allait être fantastique, incroyable, exceptionnelle. Pourquoi ? Je ne sais pas. Personne ne nous l’avait pourtant sur-vendue. On a sans doute été victimes des clichés… De belles randonnées, la gastronomie, la mer, la douce vie grecque, l’Histoire présente partout, vous voyez le tableau ? Nous, on s’était déjà fait le film dans notre tête. Finalement, on s’était créé tellement d’attentes qu’on a été un peu déçus. Ce n’est pas du tout le pire endroit qu’on ait traversé mais c’est sûrement là que nous avons vécu le plus gros écart entre notre imagination et la réalité de notre expérience. Mais si tout se passait comme prévu, cette aventure aurait beaucoup moins d’intérêt !

 

Téléchargez notre itinéraire GPX en Grèce

Dans les faits, ça s’est passé comment ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chaud ! Chaud ! Chaud !

 

Tout a commencé par une caniculaire après-midi de juillet. Ah ? Randonner en Grèce continentale en pleine canicule ça ne vous était jamais venu à l’idée ? Restez là-dessus, vous avez raison ! En préparant notre itinéraire on s’était dit trois choses : qu’on ne voulait pas être au Portugal et en Espagne pendant les mois les plus chauds, qu’on devait traverser les Alpes entre juin et octobre et qu’il fallait éviter d’être en Grèce en été. Presque un sans faute si ce n’est que petit à petit, notre planning prévisionnel a glissé toujours un peu plus loin. On est partis du Portugal le 5 février 2018, là on avait peu de chances de se tromper. On est arrivés dans les Alpes mi-juillet, ça allait encore et on en est sorti début novembre avec les premières neiges, c’était ric-rac. L’hiver dans les Balkans de l’ouest nous a ralenti plus que nous ne l’avions imaginé. Beaucoup, beaucoup de neige, des journées incroyablement courtes, puis beaucoup d’invités au printemps, résultat, on arrive en Grèce début juillet. 

 

 

“Hors des sentiers battus”

 

En Albanie, on trouvait beaucoup de sentiers parce que les gens les utilisent au quotidien, pour se déplacer ou emmener leurs bêtes dans les montagnes. En revanche on avait du mal à trouver l’information, la cartographie a encore pas mal de progrès à faire dans le coin !  En arrivant en Grèce, on avait repéré plusieurs sentiers de longue distance comme l’Epirus Trail et le O2, des applications dédiées, des cartes et des tracés GPX, le grand luxe. Dans les faits, on constate que ces sentiers ne sont quasiment pas empruntés ni entretenus. Quel gâchis ! Pendant presque trois mois passés en Grèce, nous n’avons rencontré qu’un couple de randonneurs, ils nous ont d’ailleurs accompagné sur quelques kilomètres.

 

 

 

De montagne en montagne

 

Des montagnes de Grèce, nous avons eu des aperçus et des ressentis très différents selon les endroits. Dans l’Epire, au nord du pays, comme sur la chaîne du Pindus ou dans les montagnes de Vardoussia, dans le centre, nous n’avons rencontré absolument personne en montagne et les rares refuges étaient tous fermés, la plupart définitivement. C’est un cercle vicieux dont on a du mal à identifier l’issue… Pas de refuges-pas de marcheurs, pas de marcheurs-pas de sentiers, mais s’il y avait des refuges, il y aurait peut-être plus de marcheurs et donc de sentiers ! Le serpent qui se mord la queue quoi…

 

 

Pour grimper sur le Mont Giona, le sentier était clair et facile à suivre, la montagne déserte et magnifique. Seule trace des Hommes, les déchets, laissés probablement par des bergers, qui nous ont souvent gâché le plaisir. 

 

 

Sur le Mont Olympe, c’était une autre histoire, presque l’inverse en fait. D’ailleurs, on entend souvent “le Mont Olympe” mais il est plus correct de parler des Monts de l’Olympe. L’Olympe est une chaîne de montagnes, le plus haut de ses sommets est le Mytikas. Comme le sommet est souvent invisible d’en bas, soit drapé de nuages, soit éblouissant de neige, la mythologie grecque le considérait comme le domaine des Dieux, inaccessible aux humains. 

Aujourd’hui, le tourisme, la communication et malgré cela, le peu de moyens déployés ont rendu mythique l’ascension de cette montagne mais l’ont aussi rendue dangereuse ! La montée en elle-même est assez technique, abrupte, des pierres peuvent facilement se décrocher et vous faire chuter ou encore tomber sur la personne qui vous suit. Tous les ans, plusieurs personnes se tuent en voulant atteindre le sommet des Monts de l’Olympe. Je ne vous parle pas d’alpinistes qui se retrouvent en difficulté sur l’Everest, en manque d’oxygène ou pris dans une tempête. Je vous parle par exemple de cette famille croisée là-bas, la petite fille de 9 ans en Crocs et en pleurs, le père paniqué qui nous a dit : “Je ne savais pas que ce serait comme ça !!!” C’est sans doute le plus gros défaut d’internet et des réseaux sociaux aujourd’hui : donner l’illusion que tout est accessible à tout le monde, qu’on peut tous aller là où seulement quelques initiés se risquaient il y a encore quelques années et prendre LA photo souvenir.

 

 

 

Au-delà de ce sujet qui nous agace un peu, les Monts de l’Olympe ont tenu leur promesse. Une météo capricieuse car ils ne se laissent pas grimper dessus comme ça, une atmosphère mythique, presque surnaturelle et des paysages à couper le souffle. Pour couronner le tout, l’ascension s’est faite en superbe compagnie puisque Matt nous a rejoint de Floride pour marcher une semaine en Grèce avec nous ! Matt travaille pour l’un de nos sponsors principaux, Zpacks et au fil du temps, nous sommes devenus amis à distance. A plusieurs égards la venue de Matt nous a fait sauter de joie ! Déjà c’est lui qui est venu du plus loin dans le monde, ensuite, on essaye de travailler essentiellement avec des marques auxquelles on croit et qui elles aussi croient en notre projet, c’est le cas avec Zpacks !

 

 

 

Notre ultime expérience montagnarde en Grèce s’est faite dans les montagnes de Pieria. Sentiers entretenus, vues splendides et, et, et… Un refuge ouvert ! Avant de commencer à monter nous avions cherché les coordonnées du gardien, un parcours du combattant comme toujours. De pages web écrites en grec que Google ne propose pas de traduire en numéros de téléphones erronés en passant par ceux où quelqu’un décroche mais à notre question “Do you speak English?”, raccroche aussitôt, il faut s’armer de patience. Après plusieurs messages envoyés à des inconnus sur Facebook, une réponse : “Appelez Paris, le gardien, à ce numéro”. Il a répondu, promis d’être là pour nous accueillir et il était là ! Passionné et généreux, Paris a été le seul Grec à faire vivre la montagne grecque à nos yeux. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vie de village

 

Le second endroit de Grèce qui a été le plus vivant pour nous, c’est le petit village de Kolokithia. Après s’être cassé le nez sur un refuge fermé dans les montagnes de Vardoussia, nous devions sortir de là : nous n’avions plus de nourriture. Direction le village le plus proche : Kolokithia. Le village grec typique : la petite place en terrasse avec son platane majestueux et son café. 18h au mois d’août, c’est la fin de la siesta, tout le monde commence à pointer le bout de son nez pour une partie de cartes ou un café frappé. Notre présence ne passe pas inaperçue. Tout le monde nous jette, plus ou moins discrètement, des regards curieux et surpris. Et puis finalement, au bout de quelqus dizaines de minutes, le mécanisme devenu habituel se met en route. Il y en a un qui ose. Stavros s’approche de nous et nous demande qui nous sommes, comment nous sommes arrivés ici, si nous avons besoin de quelque chose et finit par s’assoir à notre table. De là, c’est parti ! Ceux qui arrivent après au café, voient leur ami discuter avec ces deux étrangers qui d’un coup n’en sont plus. De fil en aiguille, nous pensions rester à Kolokithia le temps d’un café, nous y avons passé 3 jours tant chacun rivalisait de générosité avec nous ! Le plus étonnant dans tout cela, c’est d’arriver dans un village d’un des pays les plus touristiques d’Europe et de s’entendre dire que jamais personne n’a vu de touristes arriver là. Oui, en 2019, en Grèce, on peut encore se sentir explorateur !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On le dit et on le répète, on se le répète aussi : tout ce qui nous arrive est conditionné par notre façon d’aborder les choses. On nous demande souvent comment on fait toutes ces rencontres, comment on se retrouve régulièrement à dormir chez des étrangers ? Evidemment, il faut qu’il y ait de la bonne volonté de la part des gens en face de nous, mais ces rencontres on les provoque, on parle à chacune des personnes que l’on croise et Nil est sacrément doué pour dérider les plus grognons !

 

 

Les vacances à Skopelos

 

Ce sentiment d’exploration d’un territoire vierge, vous l’aurez en revanche difficilement en vous baladant sur le littoral grec. Même si nous avions imaginé notre itinéraire différemment, sur place il nous a semblé impensable de traverser la Grèce sans visiter au moins une île. Nous avons jeté notre dévolu sur Skopelos, une île des Sporades, relativement proche du continent et facile d’accès pour nous. Fin août/début septembre, l’île s’était déjà vidée de la plupart de ses touristes et nous étions relativement tranquilles pour explorer Skopelos, réputée pour être une des îles les plus vertes, en opposition aux autres, très rocheuses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Pelion : cauchemard en famille

 

Après notre escapade îlienne, c’est sur la péninsule du Pelion que nous avons poursuivi notre route. Sur le papier, la région était très prometteuse : un bras de terre montagneux plongeant directement dans la mer, de petites criques paradisiaques et, dans la mythologie, c’était le coin des Centaures et là où les Dieux partaient en vacances !

Sur le terrain, les criques étaient magnifiques et c’était fantastique de pouvoir se baigner tous les jours mais aller de plage en plage signifiait forcément rentrer dans les terres et avaler pas mal de dénivelé. Globalement, la région n’est pas vraiment faite pour marcher. Les sentiers sont soit des pistes agricoles, soit des chemins abandonnés sur lesquels il est très difficile de progresser.

 

 

 

Vous ne nous croyez pas ? Demandez à ma famille comment s’est passée son aventure dans le Pelion avec Deux Pas Vers l’Autre ! Les bivouacs sur la plage étaient absolument dingues, l’aventure familiale était réelle et intense mais les sentiers abandonnés, l’absence de marquage et d’eau douce nous ont rendu la vie dure, à tel point que nous avons dû faire appel aux pompiers pour venir débroussailler le sentier et nous apporter de l’eau. Tout le récit de cette péripétie et de l’acte héroïque de Nil dans la vidéo :

 

 

 

Ελληνική γλώσσα

 

Au début de cette traversée de l’Europe, on peut dire qu’on maîtrisait le français, l’anglais et l’espagnol. Les autres langues latines, on en a fait notre affaire en route. Les langues descendant du serbo-croate, on a finit par se débrouiller avec, en tout cas le minimum pour survivre dans ces pays-là et avoir des ersatz de contacts humains. En Albanie, les gens avaient tellement envie de communiquer avec nous que, de fait, c’était possible. En Grèce, comment dire… Peut-être qu’on est devenus un peu fainéants, peut-être que toutes ces nouvelles langues que notre cerveau a dû intégrer cette année ne laissaient plus de place pour une autre. Quoi qu’il en soit, notre maîtrise de la langue grecque après toutes ces semaines passées là-bas nous fait un peu rougir. Pour notre défense, cet alphabet hors normes a été un réel obstacle puisque dans un premier temps, nous ne pouvions même pas prononcer les mots que nous voyions écrits. 

 

 

 

Delphes, le nombril du monde

 

Vous l’avez peut-être remarqué, les musées, les lieux de culte et autres monuments, c’est pas vraiment notre truc. Quand on se retrouve en ville, on prend une chambre d’hôtel pour bosser et on n’en sort que pour manger un petit quelque chose. Point. Pourquoi ? Je ne sais pas, c’est comme ça. L’objectif de ce voyage n’est pas de faire du “tourisme” mais d’explorer. Du coup, quand on s’est retrouvé à Delphes, lieu mythique de la mythologie grecque, on était un peu embêté. On était là, le lieu est autant chargé d’Histoire que de touristes. La chaleur caniculaire de 14h a eu raison du peu de motivation que nous avions de dépenser de l’argent dans une visite touristique. On a donc opté pour le système D (comme Deux Pas Vers l’Autre !). Quelques centaines de mètres plus haut, nous surplombions le site et notre petit drone a fait le reste !

 

 

 

Kerkini : déchets et pélicans

 

Avant de quitter la Grèce, nous avons eu une dernière surprise, mitigée, c’est le moins qu’on puisse dire.

Sur un changement d’itinéraire de dernière minute, nous nous sommes retrouvés au bord du lac de Kerkini. Ce lac artificiel a été classé Parc National depuis une quinzaine d’années. et abrite une faune exceptionnelle, des pélicans aux cormorans pygmés en passant par les buffles d’eau. Les vues étaient somptueuses et totalement inattendues. 

Malheureusement, à certains endroits, on trouve plus de pêcheurs et d’ordures que d’animaux sauvages...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En résumé, nous avions peut-être trop d’attentes en arrivant en Grèce, elles n’ont pas toutes été satisfaites mais nous avons découvert un pays et une culture que nous avions l’illusion de connaître. La treizième page de cette aventure se tourne et ouvre sur les montagnes bulgares ainsi que le troisième et dernier hiver de ce périple ! A suivre !

 

A vite !

Marie & Nil

 

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