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TRAVERSÉE DE LA CROATIE À PIED - UN AUTRE REGARD

February 25, 2019

En quittant l’Italie, on pensait que démarrerait pour nous la première vraie confrontation à la barrière des langues. C’est vrai, au Portugal on avait vite appris grâce à l’espagnol, en Espagne on était ravis de pratiquer notre troisième langue, la France n’en parlons pas, en Italie, où nous sommes restés 3 mois, nous avons eu le temps d’acquérir de bonnes bases dans cette nouvelle langue latine et on pensait qu’en Slovénie, on allait sérieusement ramer mais finalement, tout le monde parlait anglais ! C’est donc en Croatie que les ennuis ont vraiment commencé.

 

Téléchargez notre itinéraire GPX en Croatie

 

Nous traversons volontairement des zones hyper rurales et on ne doit pas s’étonner de rencontrer de moins en moins de personnes parlant une langue étrangère. Il n’empêche que le changement d’un pays à l’autre a été brutal et, a priori, ça ne va pas aller en s’arrangeant plus nous irons vers le sud.

 

HIKING IN CROATIA - Discovering the Dinaric Alps

 

 

L’itinéraire

 

En Croatie, nous avons marché environ 500 km, traversé trois des huit parc nationaux du pays : Risnjak, Velebit et Paklenica. Nous aurions adoré traverser celui des lacs de Plitvice aussi mais on nous a indiqué qu’il était “fermé”. C’est à ce moment-là que nous avons compris que la définition d’un parc national en Croatie était un peu différente de celle à laquelle nous sommes habitués dans le reste de l’Europe. Pas de regrets, beaucoup d’autres merveilles nous attendaient. Nous avons parfois suivi les sentiers de la Via Dinarica et de la Via Adriatica et aussi, comme vous vous en doutez, notre instinct.

 

 

 

Winter is here

 

Notre traversée de la Croatie aura aussi marqué pour nous le début de l’hiver. Evidemment le froid, la neige et les jours très courts n’ont pas vraiment rendu notre vie plus facile. Nous marchons moins longtemps, moins vite, nous finissons presque systématiquement la journée avec les pieds mouillés, monter le camp et cuisiner prend plus de temps et nous devons prendre des précautions supplémentaires comme suspendre notre nourriture dans les arbres à cause des ours et des loups.

 

 

 

Teddy bear

 

La première fois qu’on a vu des traces d’ours, on n’en menait franchement pas large. Nous étions déjà au mois de décembre et tous les gens avec qui on avait abordé le sujet nous avaient dit que le réel danger venait des mères avec leurs petits mais qu’à cette époque, les ours hivernaient et que les seuls que nous pourrions éventuellement apercevoir étaient les jeunes adultes qui ne savent pas encore à quel moment se retirer dans leur tanière.

 

 

Un jour, en fin de journée, nous avons essuyé un terrible orage de grêle. Le lendemain, au moins 10 centimètres de grêlons recouvraient le sol. En fin de matinée, nous avons vu nos premières traces d’ours. Aucun doute sur l’animal ni sur la fraîcheur des traces. Si on les voyait si clairement dans ce tapis de grêle, c’est qu’elles avaient moins de 12h. En effet, c’était des traces de taille moyenne, probablement un jeune adulte. Mais plus loin, ce n’était plus la même histoire. De toutes petites traces, suivies d’autres gigantesques. L’idée qu’on se faisait des traces du yeti en gros… On a alors appliqué ce qu’on savait de la conduite à tenir : ne pas les prendre par surprise et donc, faire du bruit !

 

 

Premier “invité” croate

 

Heureusement, ce jour-là nous n’étions pas seuls. Nous avions avec nous notre 14ème “invité” et un allié de choc. A la sortie d’un village, il nous avait suivi et nous n’avions pas réussi à le faire rebrousser chemin. Il est resté 3 jours avec nous, 3 jours pendant lesquels nous nous sommes demandé quoi faire, comment retrouver sa famille s’il en avait une et quoi décider s’il n’en avait pas. En vérité, même Marie qui a peur des chiens, on s’est tous les deux beaucoup attaché lui et ça a été un crève-coeur de le rendre à ses maîtres que nous avons finalement retrouvés (la magie des réseaux sociaux !).

 

 

 

Le karst

 

Avec Crna (nous l’avions baptisé comme ça, ça veut dire “noir” en Croate, on a appris plus tard qu’il s’appelait Rocky…) nous avons traversé un endroit sublime. Bijele Stijene (“les rochers blancs”) est un ensemble de formations pointues et verticales qui saillent à de nombreux endroits et dépassent parfois 50 mètres de hauteur. Les sommets rocheux karstiques sont séparés par des failles qui, quand elles sont recouvertes de neige comme ce jour-là, s’avèrent très dangereuses. En fait au bout d’un moment, le chien ne pouvait plus avancer et nous ne pouvions plus le porter, nous avons donc dû changer d’itinéraire et abréger notre séjour au milieu de ces merveilles.

 

 

 

Le mythique Velebit, en famille

 

Ces formations si particulières, nous les avons retrouvées un peu plus loin, dans les montagnes du Velebit. C’est là que nous avons accueilli nos deux invités suivants. Antoine, un ami de Nil, nous a rejoint à Senj avec notre matériel d’hiver. De là, nous avons passé 6 jours en autonomie dans le Velebit du nord et avons terminé la semaine en fêtant le Nouvel An dans l’adorable petite cabane Ždrilo.

 

 

Peu de temps après, c’est Jean-Baptiste, le frère de Marie, qui nous a rejoint pour la seconde partie de ces montagnes. Dans le Velebit du sud, nous avons eu un peu moins de chance avec la météo. Plus avancés dans l’hiver, il y avait beaucoup de neige et nous avons côtoyé de très près la “bura”, ce vent froid et sec créé par la présence de montagnes directement sur les rives de la mer Adriatique. Jean-Baptiste était encore avec nous quand nous avons grimpé sur le point culminant de la Croatie, le Sinjal. Une très belle introduction aux Alpes dinariques.

 

 

 

Marcheurs migrateurs

 

Passer du temps avec nos proches nous a fait beaucoup de bien. Un an sur la route, loin de nos familles et amis, dans des conditions parfois aussi difficile que l’hiver dans les Balkans… Ca fatigue ! Aussi, pour être parfaitement honnêtes, l’accueil des Croates n’a pas toujours été très chaleureux. Assez rapidement, nous avons compris que le sujet des migrants était sur toutes les lèvres. Régulièrement, on nous a demandé si nous en étions, une fois, des gens ont même appelé la police pour nous contrôler… On a trouvé trois explications à cette tension. D’abord, la Croatie, qui est maintenant membre de l’Union européenne, est candidate à entrer dans l’espace Schengen. Pour se donner toutes les chances, elle s’efforce donc de montrer que sa frontière est sûre et qu’elle en a le contrôle. Ensuite, depuis que la Hongrie a bâtit un mur anti-migrants le long de sa frontière avec la Serbie, la Croatie est devenue l’entrée principale dans l’UE. Il y a donc objectivement probablement plus de passage en Croatie depuis quelques années. Enfin, en discutant avec des Croates, on a assez clairement ressenti qu’il devait y avoir un matraquage médiatique important sur le sujet.

On a tenté de leur expliquer que tous les deux, on était assez vieux pour se souvenir que dans les années 1990, il y avait beaucoup de réfugiés en France. A cette époque on les appelait Yougoslaves, ils étaient Serbes, Bosniens, Albanais, Kosovars ou encore Croates…

 

 

Les Croates

 

Evidemment, tout n’est jamais tout blanc ou tout noir et nous avons fait quelques belles rencontres en Croatie. Aussi, beaucoup de gens ne parlaient pas anglais, mais plutôt allemand (pas nous) et ça ne nous a pas aidé à communiquer.

 

 

Une seule fois nous avons dormi chez l’habitant, même si en vérité il ne nous a pas laissé rentrer chez lui à proprement parler. C’était sur l’île de Krk où nous avons passé 4 jours en attendant Antoine et notre matériel d’hiver, nous avons dormi dans une caravane dans le jardin.

 

 

De manière générale, depuis le début du voyage, nous aimons parler franchement de notre expérience avec les habitants des pays que nous traversons. En Espagne, nous vous avions expliqué que les gens étaient parfois assez réservés, pour ne pas dire stoïques, que les Suisses avaient été difficiles à approcher, etc. On s’est en tout cas toujours sentis libres de parler de notre expérience et les peuples concernés ont toujours reçu nos remarques avec compréhension et auto-dérision. 
On doit vous avouer que la Croatie est le premier pays où chacune de nos remarques a été prise sans beaucoup de recul. Que nous disions qu’il y a peu de sentiers de randonnée en dehors des zones montagneuses, que la culture de la randonnée n’est pas très répandue, que nous avons eu beaucoup de travail avec la
collecte des déchets ou que nous avons souvent trouvé des portes qu’on refusait de nous ouvrir dans les villages, nous avons souvent récolté des volées de bois vert en retour. Aimer son pays est une chose, mais admettre ses faiblesses reste le meilleur moyen de progresser !

 

 

 

Nous sommes à la frontière avec la Bosnie-Herzégovine, à quelques kilomètres de là, nous n’avons pas pu ignorer les traces de la guerre. Nous avons hâte de nous enfoncer un peu plus profondément dans la péninsule balkanique, d’essayer de comprendre un peu mieux ces histoires mêlées et encore bien présentes dans tous les esprits et sur les murs des maisons.

 

 

Encore une fois, nous avons le sentiment d'avoir découvert un autre pays que celui dont nous avions des images en tête avant de partir. De la Croatie, nous imaginions la côte et les archipels de carte postale, beaucoup moins ses campagnes et ses montagnes. A nouveau, la liberté que nous offre le voyage à pied nous comble !

 

A très vite !

Marie & Nil

 

 

Lire l'article précédent : Premier pays des Balkans - Randonner en Slovénie

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